Interview : Reicht et Hostache pour leur très enlevé Junior et Senior

Compliqué de faire un western parodique depuis Lucky Luke. Et pourtant Hostache au dessin et Robin Recht au scénario ont relevé le défi, pris la piste de l’Ouest où sévissent Junior et Senior (Le Lombard), clones bien vus de Terence Hill et Bud Spencer, vedettes incontournables des westerns spaghettis des années soixante. On dira aussi que Junior a un petit air de Gus par Blain ce qui n’est pas un hasard. On y ajoute une demie-douzaine de jeunes orphelines qui vont les faire devenir dingues et une paire de politicards véreux, Smith et Wesson. On a retrouvé à Quai des Bulles à Saint-Malo Robin Recht que l’on avait déjà interviewé pour Thorgal et Jean-Baptiste Hostache (Les Pionniers). Une rencontre sympathique sur la genèse de leur album. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Un dessin semi réaliste et caricatural, une accumulation de clins d’œil, Bud Spencer, Terence Hill ou Eli Wallach, vous vous êtes fait plaisir Robin Recht ?

Robin Recht : Il y en a même que je n’ai pas vu qui peuvent être pris pour des clins d’œil. Comme dans la première page le mot personne que des lecteurs ont rattaché à Mon Nom est personne. Les gens commencent à les voir là où moi je ne les ai pas vu vraiment.

Comment avez-vous fonctionné ? Vous avez bâti le projet ensemble ?

Hostache : C’est Robin qui en a été à l’origine. Il m’a proposé une note assez souple, une rencontre entre ces personnages-là dans le cadre du western, Bud Spencer et Terence Hill, des personnages qu’ils incarnent. Avec l’univers plus doux de Hayao Miyazaki. Dans un second temps les lecteurs remarquent le mélange avec les petites filles proche de l’auteur japonais par le biais de l’enfance dans le western. Ce qui est rare et m’a plu. Robin m’a embarqué dans l’aventure.

C’était totalement écrit ?

R R : Non, je ne veux pas écrire tant que je n’ai pas un dessinateur. Il faut que je sache quand j’écris une scène comment elle va être interprété. Avec un autre dessinateur j’aurai pu écrire différemment.

Une écriture sur mesure ?

R R : Je ne sais pas mais il fallait qu’il soit à l’aise même si au final c’est un récit très dur à mettre en scène et à dessiner.

Oui, le dessin des décors, le trait, des difficultés surmontées car on plonge dans une histoire très débridée. Donc une écriture au fur et à mesure ?

R R : Non d’un seul tenant. Hostache avait accès en continu à ce que j’étais en train d’écrire et lui faisais autre chose sur la littérature américaine. Il me validait puis il y a eu un séquencier. Plus les dialogues ensuite. C’est en faisant le story-board assez rapidement que la matière même du scénario s’est matérialisée. Je ne change pas grand-chose mais il y a des éléments qui peuvent évoluer quand je fais le story-board. Des scènes raccourcies comme celles de la prison.

 On y voit bien le clin d’œil aux Dalton comme pour les quatre outlaws mexicains du gang des Canadiens. Vous ouvrez la boite à références.

R R : Je suis un réceptacle de pleins de références, de mythologie que je mets dans mon histoire. J’espère être cohérent.

Cela a été compliqué de plonger dans cet univers et de le mettre à plat ?

H : La définition graphique a été très rapide. Un dessin a suffi bien avant que Robin commence à écrire pour définir le projet et le proposer facilement à l’éditeur qu’on a eu de suite. Cela montrait nos intentions. On savait ce que l’on allait faire. Les deux héros entourés des petites filles.

Vous avez créé un cocktail avec les bons ingrédients.

R R : La mayonnaise c’est pareil, ça prend ou pas. Idem pour une BD. Astérix a pris, Oumpah-Pah non avec les mêmes auteur Uderzo et Goscinny.

H : Il y avait une idée et mais pas développée. On était sur les rails.

 

Miss Bismarck vous l’avez trouvée où ?

R R : C’est le personnage qui a le plus bougé pendant l’écriture. Une forte teutonne pas jolie qui s’appelait au départ Miss Thanksgiving par ce qu’elle avait un peu une tête de dinde. J’étais un peu ennuyé par le côté surpoids et elle en aurait pris plein la tête. J’ai voulu ensuite un personnage plus sexy comme dans les films de Terence Hill et Bud Spencer. Il y a toujours un moment où en voit une.

Pas évident, vous avec un Lego qui se met peu à peu en place. On a le tireur qui dégaine plus vite que son ombre. Bonjour Lucky Luke.

R R : Pâte à modeler plutôt que Lego. Le tireur ultra-rapide est né avec le western. Dans l’imaginaire français c’est vrai que c’est Lucky Luke.

Sans oublier pour une génération le western spaghetti. Vous aviez dans l’idée de faire un one-shot ou une série ?

H : On a un deuxième album en cours d’écriture. Au moins deux en accord avec notre éditeur. Au-delà c’est compliqué car cela relève de critères qui nous échappent, les ventes entres autres.

Les montgolfières ?

R R : C’est l’influence de Miyazaki. Il aime l’aérien. D’un coup les personnages prennent de la hauteur et cela permet de s’échapper. Au lieu de partir à cheval et d’avoir ainsi une parenthèse où ils contemplent le mode de haut.

On est dans un western rare, caricatural, drôle.

R R : Oui un western de pacotille au sens qu’il n’est pas historique. Il est théâtral, carton-pâte.

Mais il s’inscrit aussi dans le renouveau du genre. Il vous tenait à cœur ?

R R : Pas du tout. Même si Le Bon, la brute et le truand est mon film préféré adolescent. Non je n’ai pas une vrai culture western.

H : Pareil. J’ai vu des choses comme Rio Bravo bien sûr. Le fait de ne pas avoir vu tous les films qui sont pourtant à la base du projet m’a obligé à voir les Trinita. J’ai pris mes marques. Je peux être réfractaire aux influences extérieures pour ne pas perdre ma propre voix. Maintenant on sait où on va mais ce n’était pas évident au début.

On a les méchants, des politiciens Smith et Wesson (merci Clint Eastwood), la cavalerie.

H : C’est un tour d’horizon.

R R : Un peu comedia del arte avec plein de personnages qui se télescopent. La morale c’est ce qu’ils disent à la fin : on est des bandits mais pas des salauds. Hormis les politiciens qui sont les vrais adultes. Les bandits ont décidé de rester des enfants.

A la Peter Pan comme les pirates.

R R : Oui c’est la seule morale que je peux trouver avec des adultes qui perdent peu à peu leur âme.

H : La référence à Peter Pan je l’ai vue très forte. Mamita et son repère c’est celui des enfants perdus récupérés par elle qui incarne Wendy. Ils vivent un peu dans un monde imaginaire et veulent rester gamins. Ça ressemble à un Astérix de village.

Junior et Senior seraient des héritiers d’Astérix et Obélix ?

H : Comme aussi de Laurel et Hardy. Il fallait que le dessin colle bien. On a trouvé la bonne recette.

RR : Je suis un fan d’Astérix qui finit par un festin, Senior lui redemande des fayots. C’est la petite musique que j’avais en tête. Le monde est un peu dur actuellement et on revient aux cow-boys et aux indiens. Ils jouent comme on faisait enfants. On a récréé une petite ville où tout va bien.

H : il y a une adhésion un peu par nostalgie d’une époque à repères précis. Le retour des libraires et des lecteurs c’est que l’album leur a fait du bien.

Et ils vont aller où ?

RR : On le dit, chercher de l’or dans l’Ouest. On passera à un Astérix de voyage. Et il y aura des personnages qui reviennent du village. Que va devenir aussi la petite fille avec laquelle ils partent ?

On les appelle Junior et Senior, 104 pages, Le Lombard, 20,45 €

Coll JLT DR
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