Laurent Bonneau est un auteur rare. Il a un talent multi-facettes qui sait exprimer sentiments, passion, doutes et désirs. Son trait, son dessin est une explosion colorée qui embarque vers des horizons toujours renouvelés. A l’occasion du Festival de Sérignan 2005 on a voulu faire avec lui un point d’étape, sa collaboration si riche avec Jim, ses albums, ses projets. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
Laurent Bonneau, et si on faisait un retour en arrière, si on parlait du présent aussi. Tu peux revenir sur tes derniers titres ?
Il y a L’Etreinte avec Jim, Le Regard d’un père qui avait été présenté à Montpellier par toi d’ailleurs, Ceux qui nous touchent avec Damien Marie chez Bamboo, L’Essentiel chez Aux Ronds dans l’eau, un récit très personnel et autobiographique sur l’amour, mon épouse et les enfants, mes animations en prison. Entretemps il y a eu Le Bruit de l’eau un récit documentaire (Futuropolis) et en fin d’année il y a eu Déambulation, un recueil de dessins, de peintures extraites de mes carnets de travail.
Que tu tiens régulièrement ?
Un peu moins maintenant mais j’en ai 67 chez moi. C’est une pratique commune. Mon rapport premier à l’image est le dessin.
Donc tu n’as pas une idée d’album au départ ?
Non. Ce qui est visible en majorité de mon travail c’est la BD, le roman graphique, ce qui est imprimé et diffusé. Mais j’y accorde beaucoup d’énergie mais mon moteur premier c’est le dessin.
Dessin à exposer hors BD ou pour la BD ?
Non pas pour la BD. Je fais parfois des expositions et des dessins que pour cela. Puis il y a le carnet qui est comme un journal, ce que je vois, ce qui m’entoure, des paysages. C’est un regard sur le monde, le mien. Et dont je m’inspire parfois pour la BD.
Tu n’as jamais eu de velléités de BD réalistes ?
J’ai eu des envies mais j’ai essayé. J’avais envie de faire des BD d’action. A la naissance de mes enfants peut-être pour contrebalancer le fait d’être à la maison. Je ne sais pas pourquoi mais ça n’a pas abouti.
Tu travailles sur des scénarios ?
Oui bien sûr aussi comme avec Damien Marie. Il m’a envoyé la prochaine BD qu’on fera dans un ou deux ans. Ce sera le dernier de la trilogie. Donc Ceux qui me manquent. Ce sont des histoires indépendantes mais intimes. Là on termine un album avec Jim un peu dans l’esprit de L’Étreinte mais très différent. 300 pages.
Pourquoi autant ?
Pour être libre, c’est trop bien. On est parti sur le même processus que L’Étreinte. Au départ je commence à dessiner, je me suis inspiré de mes amis d’enfance, d’un voyage quand on avait 20 ans. Les mêmes copains qui avaient 30 ans dans On sème la folie. Je pars des rushes, des scènes qui ont vraiment existé. Jim met les dialogues et on avance ensemble. Pour l’instant le titre c’est Les Adieux ne durent jamais chez Grand Angle.
Il y a une part de mystère dans votre processus créatif. Vous tirez des fils.
Oui, c’est un jeu, un challenge même si c’est un plaisir. Jim doit retomber sur ses pattes, écrire un scénario qui se tienne. Cela rejoint L’Étreinte par ce que c’est de la fiction mais inspiré du réel. Il y a un autre projet chez Futuropolis sur les droits de la nature. Je n’aime pas être catalogué dans une case. Il faut aussi savoir changer d’éditeur. Pas de fidélité mais des liens privilégiés avec des éditeurs qui me suivent mais n’ont pas les mêmes catalogues.
Il y a des sujets que tu aimes traiter plus que d’autres ? C’est un peu au coup par coup ?
J’ai des besoins comme faire des ouvrages personnels, introspectifs. Il y a toujours un élément déclencheur.
Tu as du talent, tu es atypique, tu étonnes ?
J’ai trop peur de m’ennuyer. Je ne fais pas une carrière dans un style. Il y a un lien. Par volonté de liberté. Mais la BD, le peinture, le dessin sont tellement riches que je trouverai dommage pour moi de chercher autre chose à expérimenter, de faire une carrière dans un style précis. Je n’ai pas envie qu’on m’étiquette.
Tu travailles sur du grand format ?
Pas pour la BD. Tout est un travail classique sauf pour la couleur.
Tu n’es pas de frustration ?
J’aimerais faire encore plus de choses. Je manque de temps car c’est ma famille d’abord. On ne peut pas tout avoir en même temps. Il faut gérer. J’essaye. Je ne veux pas avoir de regrets. Je relativise. Je peux avoir des doutes mais c’est une chance d’avoir trouvé ma voie. Le moteur premier c’est l’envie, la curiosité et le plaisir. Et tout va bien ainsi.
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