Interview : Julie Rocheleau à Montpellier : « Fantômas, c’est comme le diable, il est plus intéressant que Jésus »

Julie Rocheleau, dessinatrice de Fantômas, était en dédicace chez Azimuts à Montpellier. La jeune québécoise a vraiment fait ses premières armes en BD avec l’adaptation par Olivier Bocquet de l’œuvre de Marcel Allain et Souvestre écrite au début du siècle dernier. Julie Rocheleau a su, avec un dessin aux tendances Mattotti, sublimer l’excellent scénario d’Olivier Bocquet et y apporter son talent, permettant à cette série de s’imposer. Julie Rocheleau, qui sera dans la foulée à Narbonne, Toulouse, Agen, Bordeaux et au Festival d’Angoulême, a répondu aux questions de Ligne Claire.

Julie Rocheleau
Julie Rocheleau à Montpellier, affamée ! JLT ®

Dessiner Fantômas a été un peu un hasard ?

Oui et non, car c’est l’éditeur qui nous a mis en rapport avec Olivier Bocquet. Dargaud m’a proposé le dessin de ces trois albums. En fait, j’étais à Montréal et je n’avais pas de contact en France. On a travaillé avec Olivier sur le premier album et la moitié du second sans s’être rencontré vraiment. C’est à la sortie du tome 1 que j’ai su qui était Olivier (rires).

Vous n’aviez jamais fait de BD avant ?

Si, une, La Fille invisible au Québec. Mais j’ai fait beaucoup d’illustrations pour un public plus jeune, plus adolescent. Du dessin animé aussi avec des stories-board, de la conception de personnages, toujours pour les enfants.

Vous avez été, pendant trois tomes totalement dans Fantômas ?

Absolument. On va voir d’ailleurs si on continue. Cela sera une décision d’éditeur. Le second cycle pourrait-être indépendant du premier. Titre provisoire, Le Sang de Fantômas et ensuite, Le Masque de Fantômas, mais sous réserves. Olivier s’amuse beaucoup en déclinant le genre.

La Colère de Fantômas

Comment avez-vous travaillé avec lui, si loin l’un de l’autre ? Quels sont vos méthodes ?

Pour le tome 1, j’ai eu le scénario en deux fois. Pour le tome 1 complet. Enfin pour le 3, par tranches de dix pages. Je fais un story-board à peu près convenable. Il y a pire que moi (rires). Je dois être lisible pour Olivier surtout à distance. Je finalise ensuite l’encrage. On avait par exemple convenu que les pages était sur fond noir, bordées, quand Fantômas tuait quelqu’un. Ensuite, selon le besoin de l’action je me suis servi de ce fond. Je travaille sur grand format. 17 par 24 pouces, 43 par 66 cm grosso modo. Ou parfois en découpant la planche en cases. Je remonte la page ensuite. J’ai fait une exposition de mes originaux à Paris chez L’Œil de Jack qui vend en ligne.

Vous avez aimé ce Fantômas ?

Oui. J’ai pris beaucoup de plaisir au scénario d’Olivier Bocquet. On peut délirer avec un personnage pareil. On imagine, c’est une forme d’exutoire. J’ai mis du temps à comprendre car Fantômas, je vous l’avais dit lors de notre premier interview, n’est connu au Québec que par les films avec De Funès. On n’est pas dans le même monde avec notre version. J’avais plus de retenu dans le tome 1. Cela a pris du temps pour que mon dessin se lâche. J’ai au final une meilleure maîtrise de cet univers. Il y a une montée en puissance de la violence entre le tome 1 et le 3.

Julie Rocheleau
Prête pour la dédicace chez Azimuts à Montpellier. JLT ®

Vos couleurs sont assez proches de l’univers de Mattotti.

Oui, vous me l’aviez dit aussi. C’est vrai. Du rouge, du noir, des pastels. J’ai mélangé au début couleurs directes et ordinateur puis je suis passé totalement sur ordi. Trop laborieux le direct. Dans le tome 3, mes planches étaient en noir et blanc.

Vos personnages préférés ?

Deux femmes, Jeannette, la gouvernante revenue du bagne attachée à Juve et la complice de Fantômas, La Toulouche qu’il respecte. Un personnage improbable. Je ne suis pas proche de Fandor. Juve, lui, est aussi fou que Fantômas. Il est fascinant, Fantômas. Vous savez, le diable et plus intéressant que Jésus.

Quel genre en BD aimeriez-vous essayer ?

Tous ceux que je ne connais pas. Autant de défis. J’aime la liberté donc j’aurais par contre du mal avec une série historique précise et confinée, trop documentée. J’ai besoin de changer les choses, d’apporter ma vision.

Un projet ?

Oui, encore une adaptation, publiée chez La Pastèque, un roman, La Petite Prairie écrit par Claude Jasmin. Au scénario ce sera Norman Grégoire. La Petite Prairie est devenu le nom d’un quartier dont le roman raconte la vie en 1940.

Dédicace de Julie Rocheleau
Julie Rocheleau ®
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