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Interview : Homs joue en finesse avec le diable et Coral

La chronique de ce brillant et envoûtant album a parue. Le Diable et Coral est une partie d’échecs qui pourrait se transformer en combat mortel. Infernal en fait et le diable n’a pas eu de chance d’être tombé sur la jeune Coral. A Prague en 1938, le combat sera sans pitié où tous les coups sont permis mais teinté à la fois d’ironie, de machiavélisme, d’humour et pourquoi pas d’affection. Le dessin et le scénario sont de Homs qui se confie à ligneclaire.info dans cette interview intégrale. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC. 

Josep Homs. Chloé Vollmer-Lo / Dargaud ©

Où avez-vous trouvé, Homs, cette idée d’écrire un album sur le diable et ses avec une jeune fille ?

Au début avant de commencer à travailler sur un nouveau projet je n’avais pas d’idée précise mais cela devait être jeunesse. J’ai deux enfants et tout ce que j’avais déjà fait était pour les adultes. Je voulais qu’ils puissent lire ce nouvel album. Je me souvenais de la Quête de l’oiseau du temps de Loisel. Donc mon idée était de faire de la fantasy héroïque.

Oui de la fantasy mais qui fait un peu peur. J’avais eu très effrayé en voyant le film L’Exorciste dont vous vous êtes inspiré.

Certes mais mon idée de départ quand j’en ai parlé à mon éditrice était que je voulais travailler avec ces deux personnages dont le diable et un humain. Elle m’a suggéré de les utiliser mais dans un scénario réaliste, historique. J’ai commencé à réfléchir. J’aime Prague que je connais bien et qui est très connecté avec le diable à travers pas mal de légendes. J’ai construit l’histoire à partir des deux personnages principaux pour bâtir l’ensemble.

Il y a le diable et on sait que c’est lui. La jeune Coral se rapproche de lui, elle peut le voir et on saura pourquoi. C’est ambigu. Plus le nazisme, le futur Holocauste en arrière plan. C’est un mélange de plusieurs thèmes avec en plus le Judaïsme ?

Exactement, il y a le Golem de Prague créé par un rabbin. Donc c’était parfait pour l’utiliser dans l’histoire et c’est l’ancêtre de Coral. Un personnage juif, Prague, la seconde guerre mondiale, le Golem pourra peut-être changer les choses.

Coral est une petite fille mais on se demande si elle n’est pas aussi diabolique. Elle va contrer le diable.

Oui c’est une sorcière. Mon idée était de trouver la relation entre les deux. Pourquoi. Le diable est un tricheur, menteur. C’était amusant d’imaginer une jeune fille qui pouvait se battre avec le diable intellectuellement et sur son terrain. Elle est médium, voyante mais triche avec ses clients mais pour leur donner de l’espoir. Le diable c’est le contraire. Cette relation est toxique. Mais elle veut se débarrasser de lui en évitant l’enfer.

Le nazisme est en toile de fond. Le diable et Hitler ne font qu’un. Elle aurait peut-être pu les contrer avec son petit dragon, Puky.

Peut-être, de toute façon elle continuera à se battre. Elle poursuivra le travail de son père même si elle du mal au début à communiquer avec lui. Son père c’est son héros puis quand elle grandit sa relation se casse. Elle part de chez elle. Il y a un peu de ça dans l’histoire, les difficultés des relations père-fille.

Le choix des très belles illustrations en début de chapitre, des gravures sur bois.

Le style graphique on en parlé avec le designer de l’album. Il m’a proposé ces gravures anciennes qui allaient bien avec l’histoire. J’aime faire ça. Je m’amuse. Donc on a validé. On a fait pas mal de versions.

On dirait les pages d’un grimoire.

Oui tout à fait, c’est un hommage aussi à mes influences, cinéma ou livres. Comme le film de Bergman Le Septième Sceau avec la mort ou L’Exorciste bien sûr, la Prophétie.

Ou les Visiteurs du soir avec Jules Berry et Arletty.

Le diable est un personnage attachant bizarrement.

Et presque sympathique. On ne peut pas vraiment le détester. Il a de l’humour.

Oui c’est ce que j’ai cherché. Des dialogues rapides, ironiques, ce ne sont pas toujours des personnages détestables. Il y a des moments où par exemple le diable va la défendre. Ils sont complices depuis leur première rencontre. Il y a une rivalité mais parfois le diable n’est pas aussi terrible que ça.

Comment avez-vous travaillé, puisque vous avez écrit le scénario et dessiné ?

C’est mon premier scénario aussi complet, 100 pages. Je ne savais pas trop comment faire. Je l’ai écrit comme un roman, avec des chapitres pour les montrer à mon éditrice, savoir si elle était intéressée et si cela allait. J’ai confiance en elle.  Il y avait déjà des dialogues mais pas définitifs. Après quand on a validé l’histoire, on a retiré des chapitres et j’ai fait directement le story-board. J’ai travaillé sur ordinateur, totalement. C’est devenu un projet important chez Dargaud. J’ai pu aller plus vite.

C’est vrai aussi que quand on lit l’album pour la première fois on est pris par le dessin et l’histoire. Tout fonctionne sans temps mort. On est piégé par le diable, il y a des astuces visuelles.

C’est important dans la narration, la typographie propre au diable, l’œil jaune.

Il y a des textes en hébreu.

Oui et non. Ce sont des textes que j’ai extrait d’un livre d’un exorciste catholique traduit en hébreu mais sur les traducteurs sur le web ce n’est pas génial. J’ai changé la typo parce que je n’avais pas confiance dans la traduction.

C’est un duel entre les deux. Ils sont proches quand même avec un peu d’affection.

Une sorte de respect intellectuel. Elle est très maligne. On ne sait jamais qui est sincère, qui est le plus tordu. Elle n’est pas impressionnée. Elle est forte. Il le fallait. Ma première lectrice c’est ma fille. On a beaucoup échangé, elle a 16 ans dont elle m’a fait des suggestions. Elle m’a aidé pour Coral.

Puky, le petit dragon, c’est un protecteur de Coral.

Le dessin est de mon fils qui a 12 ans. Il voulait aussi participer.

Que vous voulez vous faire ensuite ?

Finir Shi avec Zidrou, on échange sur le scénario. J’ai pas mal d’idées. On verra après la sortie du Diable et Coral. Une suite peut-être ?

On est dans cet album à un époque qui ressemble beaucoup à celle d’aujourd’hui avec l’Ukraine et la Russie.

Ce n’est pas voulu mais quand j’ai travaillé pour l’album sur 1938, les Sudètes, la Tchécoslovaque, l’Allemagne j’y ai pensé.

Le Diable et Coral, Dargaud, 22,95 €

 

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