Carthagène, Depardon et Loustal à la découverte d’une ville mélancolique

Atmosphère, vous avez dit atmosphère ? C’est le mot qui convient à cette invitation colombienne à Carthagène de Depardon et Loustal. Le nouvel album à l’italienne de la collection Magnum-Aire Libre est un cocktail savoureux de deux visions, celle d’un grand photographe et celle d’un non moins grand dessinateur. On sort des chemins ouverts avec l’album sur Capa dessiné par Bertail sur un texte de Morvan. Du reportage on est passé à la mélancolie colorée d’une Amérique du Sud qui se languit parfois un peu tristement au bord de la mer des Caraïbes.

Carthagène Carthagène en Colombie a été la porte ouverte de l’esclavage. Il en reste des remparts et une ville qui flirte parfois avec le look de Cuba sans oublier une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Depardon s’y est promené et découvreur shootant parfois plusieurs fois un sujet qui pourtant varie selon les angles. Jacques de Loustal a noirci des crayonnés architecturaux pour passer ensuite à ses couleurs magiques le long de la mangrove ou des ruelles de la ville. Façades pour le second, boutiques et jeunes filles en fleur pour le premier, leurs parcours se mêlent et se complètent. Du palais de l’Inquisition au couvent de Santa Clara, l’Histoire veille au grain, influence et se rappelle au bon souvenir des deux hommes. Visions de soleil mais souvent avec un parfum de tristesse, Carthagène s’est laissée presque apprivoiser.

Un exercice difficile mais quand on s’appelle Raymond Depardon on en a vu d’autres. Il y a osmose entre le sujet et le photographe ou le dessinateur. Un trio en fait que dévoile cet album, délicat et sensuel, mélancolique et séduisant. Quinze jours de recherches, de plaisirs, de questions aussi, on le sent, Depardon et Loustal ont vu Carthagène. Ils en rendent une partie de l’âme dans ce recueil.

Depardon-Loustal, Carthagène, Magnum Photos Aire Libre Dupuis, 30 €

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