Archives : Catherine Meurisse, des femmes de tête et des hommes de lettres de bon goût

Catherine Meurisse est l’une des marraines de l’année de la BD 2020 et vient de publier son strip dans le cadre de Toute la France dessine. Mais Catherine Meurisse, grande dame de la BD, ce sont surtout des livres réjouissants, émouvants, drôles, intelligents. Un trait léger mais acéré, souriant et pertinent, charmeur et séduisant, décapant. Son dernier album, Delacroix où elle adopte Dumas, est un bonheur. On aurait beaucoup aimé qu’elle soit le Grand Prix d’Angoulême 2020. On a retrouvé chroniques et rencontres avec Catherine Meurisse parues dans Midi Libre. Il y a aussi avec elle une autre grande de la BD, Julie Birmant.

Des hommes de lettres, Voltaire et Rousseau ne sont pas des Candide

L’idée est bonne. Osée mais généreuse. Raconter l’histoire de la littérature français en BD aurait pu en rebuter plus d’un. Et pourtant c’est la tâche menée à bien et en douceur par Catherine Meurisse avec Mes hommes de lettres, un titre joyeux et drôle pour un gros album qui ne fait pas dans le facile. Adapter des œuvres littéraires en BD, on connaît. Avec des résultats plus ou moins hasardeux. Non. Cette fois ce sont les auteurs, les grands noms du patrimoine littéraire français qui sont les héros de ces aventures où rien bien sûr n’est inventé.

On commence par le Moyen Age avec l’excellent roman de Renard, sacré goupil, ou Tristan et Yseut dont les auteurs sont restés dans l’anonymat. Place ensuite à Rabelais, les écrivains de la Pléiade. Et bonjour Corneille avec un Cid qui, à l’époque, ne fait pas l’unanimité. Vous préférez La Fontaine ? Ou Racine, Molière ? Ils sont de la fête sous le crayon assez irrévérencieux de Catherine Meurisse. Voltaire et Rousseau ne sont pas des Candide. Diderot, Laclos, D’Alembert, vous vous souvenez de vos Lagarde et Michard ? C’est pareil mais en beaucoup plus vivant et rigolo malgré la Révolution qui gronde. Hugo et la bataille d’Hernani, Balzac, des dessins qui sont des romans, Zola, Colette, Sartre et Beauvoir, on se promène dans des siècles de génie littéraire, en douce et avec un vrai plaisir, sans difficultés, avec humour. On devrait mettre l’album de Catherine dans tous les collèges. Cavanna en a fait la préface.

Mes hommes de lettres, Éditions Sarbacane, 19,50 €

Mes hommes de lettres

Drôles de femmes …

Elles sont l’avenir de l’homme. En traçant des portraits en quelques planches de femmes aussi différentes que Yolande Moreau, Michèle Bernier, Maria Pacôme, Amélie Notomb ou Florence Cestac, Julie Birmant et Catherine Meurisse nous offrent de superbes moments d’intimité et d’humour. Tout est parfait, authentique dans ces rencontres. On tombe sous le charme. La franchise d’Anémone, le parcours insolite de Sylvie Joly, les souvenirs de Tsilla Chelton, on craque pour ces femmes d’exception. A noter qu’on avait beaucoup aimé le précédent livre de Meurisse, Mes Hommes de lettres.

… et leurs drôles d’auteures

(Angoulême 2011) Dix femmes, actrices, dessinatrices, romancières. Julie Birmant et Catherine Meurisse ont souhaité rendre hommage à des pionnières qui ont ouvert des voies. Et d’expliquer lors du festival d’Angoulême : « On a voulu connaître leur secret. Comment une Maria Pacome avait fait le choix scandaleux pour une femme à l’époque de faire rire. » Alors Julie et Catherine sont allées les voir. Claire Brétecher est « une femme très belle au charme fou, brillante » (et qui nous a quitté : NDLR). Sur Amélie Nothomb « il y a trop de préjugés ».

Aucune ne se prend au sérieux affirment la scénariste et la dessinatrice de ces portraits en quelques planches qui sont brillants, simples et construits. On est charmé par Sylvie Joly « dont la vie a basculé en un instant », souligne Julie Birmant ou celui de Tsilla Chelton « la mémoire de l’histoire du théâtre, un personnage qui m’a vraiment touché », renchérit Catherine Meurisse. Il fallait recueillir ces paroles de femmes, elles en sont certaines, et on ne peut que les en remercier. On redécouvre avec elles Anémone (elle aussi depuis disparu, NDLR) « qui n’a jamais accepté que l’on fasse du fric sur son dos et finalement a eu une carrière complètement atypique ». Pour choisir celles dont elles allaient faire le portrait, Julie et Catherine devaient être d’accord. D’où l’authenticité qui se dégage de Michèle Bernier, Yolande Moreau et Florence Cestac. L’exercice n’était pas sans risque mais finalement totalement réussi. L’écriture est à la fois journalistique et romanesque. Pas question de faire une suite mais une autre collaboration peut-être.

Drôles de femmes, Dargaud, 19,50 €

Drôles de femmes

Savoir-vivre ou mourir

Catherine Meurisse aimerait donc les bonnes manières, ce délicat apprentissage des pratiques qui permettent de ne pas passer pour un plouc en bonne compagnie. Et franchement, elle a bien raison. Son recueil, qui pourrait bien devenir un guide, sait allier humour et enquête dans une école du bon goût, celle de la baronne de Rothschild. Catherine Meurisse, dont Drôles de femmes a été un bonheur, récidive avec tout autant d’efficacité. Mine de rien, on apprend beaucoup dans ces planches comme recracher un noyau d’olive ou couper les asperges. L’indispensable, quoi.

Savoir-vivre ou mourir, Comment devenir une femme du monde en 24h, Les Échappés, Charlie hebdo, 13 €

Savoir-vivre ou mourir