Violette Morris T2, déception fatale

C’est ce qui s’appelle passer à travers. Un titre oublié, laissé de côté injustement et que les recherches parmi les PDF stockés pendant le confinement ont permis de ressortir du lot. On avait beaucoup aimé le tome 1 de Violette Morris, personnage des plus atypiques et authentiques qui a défrayé, à plus d’un titre, la chronique des années vingt à sa mort en 1944, abattue par la Résistance. Dans ce tome 2, tout autant réussi, on revient sur les événements qui ont marqué le passé sportif de Violette Morris avant la guerre, puis de son éloignement calculé par les plus hautes instances qui la poussèrent peut-être à devenir sous l’Occupation une gestapiste. C’est ce que va essayer de savoir son amie d’enfance, Lucie Blumenthal, avocate de confession juive dont les parents seront déportés. On se souvient que ce sont Kris, et Javi Rey au dessin avec, à la fin de l’album, le dossier historique de Marie-Jo Bonnet, qui ont parfaitement remis en perspective le destin perturbé et perturbant de Violette Morris.

Violette Morris

1922, Violette Morris est capitaine d’une équipe de foot féminine. Et ne s’embarrasse pas de préjugés dans un monde d’hommes alors qu’elle est homosexuelle. parmi les spectateurs il y a son amie Lucie Blumenthal et son père médecin. Un de ses confrères lui demande si le fait d’être juif ne lui fait pas craindre Hitler au pouvoir. Violette Morris se sépare de son mari et commence une série de courses de vitesses en vélo au Vel d’Hiv. Ce même Vel d’Hiv où la police française entasse les familles juives raflées en 1942. Lucie a pu y échapper et s’est cachée, résistante pendant la guerre. En 1945, elle retrouve un ami, Jean, qui faisait partie du maquis qui aurait abattu des collabos dont Violette Morris dans une embuscade à la Libération.

Violette Morris

Le cas Violette Morris aurait pu être banal dans le contexte de 1945. Mais ce qui en fait une exception, c’est son passé de pionnière féminine du sport de compétition à haut niveau. Pilote de course automobile victorieuse au Bol d’Or 1927, lutteuse expérimentée, lanceuse de poids, de javelot, son caractère et son homosexualité, à une époque qui ne tolère rien qui puisse gêner, va l’empêcher d’avoir la carrière sportive qu’elle aurait méritée. Qui était-elle vraiment, c’est toute la démarche de Lucie l’avocate qui veut savoir comment une femme libre comme elle a pu devenir un bourreau. C’est aussi le but des auteurs qui donnent des pistes. Il faut aussi lire, pour parfaitement comprendre, le très détaillé dossier à la fin de ce tome 2 titré Une insolente liberté par Marie-Jo Bonnet. Violette s’est elle vengée d’une société qui l’avait rejetée, méprisée, antiféministe ? Elle avait attaqué la Fédération en justice. Perdu. Pas si simple et de toute façon condamnable. A suivre dans le prochain tome de cette saga stupéfiante.

Violette Morris, À abattre par tous moyens, Tome 2, Éditions Futuropolis, 16 €