2013 : la BD freine en douceur sa production et Astérix en tête des ventes

Comme chaque fin d’année, avec une rare ponctualité, le journaliste Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) livre son rapport sur la BD, chiffres à l’appui.

Astérix chez les PictesPour pouvoir situer ces chiffres dans un contexte économique fiable, Fabrice Piault, rédacteur en chef adjoint de Livres Hebdo, participe à la recherche avec accès aux données de l’institut de sondage Ipsos. Toute la partie nouveaux supports – sites web compris — est assurée par Manuel Picaud (avec Raphaëlla Barré pour les blogs). Gilles Ratier a mis à jour la production 2013 et l’analyse. Bilan et état des lieux économique de la BD, ses tendances, ses évolutions, ce remarquable travail, complet et précis, est devenu au fil des ans la référence incontournable, objective et source d’information souvent inédites. Angoulême ouvre ses portes fin janvier. Nous vous présentons un condensé de ce rapport. La BD continue à ne pas mal se porter mais cette année on sent vraiment que la prudence est de mise. On « décélère » comme le constate Gilles Ratier. 2014 sera sûrement une année plus stricte sur le plan éditorial avec une « surproduction » revue et corrigée. A la baisse.

2013 : l’année de la décélération

Dans un contexte économique et social complexe et morose, les différents acteurs du 9e art ralentissent un tant soit peu leur offre éditoriale : pour la première fois, depuis au moins 17 ans, la production d’albums de bande dessinée, qui reste pourtant encore très abondante et diversifiée, a diminué.

Arrivé à maturité depuis plusieurs années, le secteur livre du 9e art se concentre et trouve, quand même, un équilibre entre dynamisme et vigilance ou innovation et prudence : d’autant plus facilement qu’il s’appuie sur plusieurs locomotives traditionnelles qui sont de retour, Astérix en tête, avec près de trois millions d’exemplaires du dernier titre.

ACBD courbe tirages
Gilles Ratier ACBD ®

* Production – Tout en conservant une constante multiplicité des genres et des publics, l’offre de bande dessinée marque le pas : 5 159 livres de bande dessinée ont été publiés en 2013 (dont seulement 3 882 strictes nouveautés) – soit une diminution de 7,3 %.

* Édition – La production et l’activité du secteur sont toujours dominées par 4 groupes de plus en plus puissants qui totalisent 43,7 % de la production — contre 44,9 % en 2012 —, alors que 332 éditeurs ont publié des bandes dessinées en 2013 (contre 326 l’an passé). Ce sont encore les 4 mêmes groupes, responsables de 43,7 % de la production, qui dominent le secteur :

– Le groupe Média-Participations est toujours, économiquement parlant, le plus important  mais il se contente d’être en 2eplan de la production : 739 titres ont été publiés par ses filiales Dargaud, Dargaud Benelux, Kana, Le Lombard, Dupuis – qui a récemment intégré Graton et Marsu –, Blake et Mortimer, Lucky Comics,Fleurus/Mame, Caméléon, Huginn & Muninn et Urban Comics – soit 14,1 % de la production (contre 783 et 14,1 % l’année passée).

– Le groupe Glénat se développe et devient le 2e, 3e sur le plan de la production, avec 407 titres – soit 7,9 % (contre 478 et 8,6 % en 2012) – publiés sous son propre label ou ceux de ses filiales Comics, Disney, Mangas, Treize étrange et Vents d’Ouest, en attendant d’intégrer les catalogues de Mad Fabrik et de feu 12 bis rachetés pendant l’année 2013.

– Le groupe de Guy Delcourt est toujours le plus gros producteur d’albums de bande dessinée, avec 824 titres – soit 16 % de la production annuelle – (906 et 16,3 % en 2012) et, en termes de ventes en exemplaires, le 3e labels mangas, via Akata – intermédiaire dont il vient de se séparer – et Tonkam) a moins publié que l’an passé (482 opus – soit 9,3 % – contre 539 – soit 9,7 %) ; il est en de même pour Soleil (avec Soleil Manga et Quadrants), que Delcourt détient désormais à 100 % : 342 albums, soit 6,6 % (contre 367 et 6,6 % en 2012).

– Le groupe Madrigall (Gallimard-Flammarion) reste la 4e production, avec 282 titres produits en 2013 – soit 5,5 %, contre 330 et 5,9 % l’année passée – par lepôle Gallimard (collections Bayou, Fétiche, Folio BD… et ses filiales Denoël graphic ou Futuropolis) et les labels BD de Flammarion (Casterman, KSTR et AUDIE/Fluide glacial) ; seul Jungle ! a rejoint, encours d’année, le groupe Steinkis – comprenant également Atlantic BD et Splash ! – lequel détenait déjà 50 % de son capital.

Blacksad* Évaluation – Boosté par le nouvel Astérix, l’économie de la bande dessinée, dans son ensemble, fait partie des secteurs du livre qui résistent le mieux à la crise ; même si le tirage de ses 117 titres bénéficiant de fortes mises en place est encore en baisse. Voici les dix plus gros tirages pour 2013 :

— 2 480 000 d’ex. pour le 35e Astérix par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

— 445 000 ex. pour le 22e Blake et Mortimer par Jean Dufaux, Antoine Aubin et Étienne Schréder.

— 350 000 ex. pour le 18e Le Chat par Philippe Geluck.

— 250 000 ex. pour le 22e XIII par Yves Sente et Iouri Jigounov.

— 220 000 ex. pour le 5ème Blacksad par Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido.

— 200 000 ex. pour le 34e Thorgal par Yves Sente et Grzegorz Rosiński.

L'Onde Septimus— 180 000 ex. pour le 34e Boule et Bill par Laurent Verron, avec Cric, Pierre Veys et Diego Aranega.

— 180 000 ex. pour le 10e Les Blagues de Toto par Thierry Coppée.

— 170 000 ex. pour le 16e Les Légendaires par Patrick Sobral.

— 170 000 ex. pour le 6e Les Nombrils par Maryse Dubuc et Delaf.

* Traduction – L’Asie et les États-Unis – avec, respectivement, 1 555 et 461 nouveaux titres – sont toujours les principaux pourvoyeurs du marché de la BD francophone : l’un des plus ouverts aux productions étrangères avec 2 257 nouvelles bandes dessinées traduites.

* Réédition – Relativement porteur et qualitatif, le secteur patrimonial accueille encore 880 nouvelles éditions ou intégrales : 189 de moins que l’an passé, alors que 189 titres datant de plus de 20 ans sont proposés en album pour la première fois.

* Prépublication – Comme le reste du secteur presse en kiosque, celui de la bande dessinée subit de plein fouet la concurrence des nouvelles technologies, malgré la diffusion, en 2013, de 76 revues spécialisées et de 14 séries de fascicules.

ZOO Noël

* Mutation – Le passage à la bande dessinée digitale reste toujours marginal, malgré de nombreuses initiatives d’auteurs, de diffuseurs ou d’éditeurs.

* Création – Selon des critères mis en place depuis 11 ans, 1492 auteurs réussiraient à vivre de la création de bandes dessinées sur le territoire francophone européen ; par ailleurs, 1678 personnes ont publié au moins un album en 2013.

* Adaptation – Si les œuvres réalisées à l’origine pour d’autres médias alimentent régulièrement les nouveautés du 9e art, à l’inverse, 10 bandes dessinées francophones ont donné lieu à des longs métrages diffusés au cinéma.

* Information – L’existence de 13 revues papier et 32 sites spécialisés, en 2013, prouve l’intérêt insatiable du lectorat envers l’information, l’histoire et la critique de bande dessinée.

* Manifestation – Il y a de plus en plus d’événements organisés autour de la BD sur le territoire francophone européen : 514 en 2013 (contre 489 l’an passé).