De l’autre côté de la frontière, les nuits chaudes de Nogales

On commence par saluer le retour d’un dessinateur brillant qui a marqué par son trait unique un bel ensemble d’albums le monde des bulles de qualité. Le Privé d’Hollywood, Pin-up bien sûr mais aussi plus ancien Sur la route de Selma, Nico, puis la collection Ligne Noire, le polar revient toujours sous le crayon de Philippe Berthet. De l’autre côté de la frontière est dans sa veine favorite, encore que les avions il aime bien aussi Berthet. Un polar noir serré qui va mettre en vedette un romancier spécialiste en la matière, des meurtres et un tueur en série. Années cinquante à la frontière du Mexique et des USA, les nuits sont chaudes voire brûlantes. Aux commandes du scénario, c’est l’efficace Jean-Luc Fromental qui prépare aussi un nouveau Blake et Mortimer avec Antoine Aubin.

De l'autre côté de la frontière

Voix off de la jolie servante, Estrellita. Son patron est allé faire un tour avec Kay sa maîtresse à Nogales, patelin de tous les vices. Quelques photos érotiques en perspectives de la belle Raquel car François Combe met en boite des documents pour ses romans. Son ami Jed, amateur de jolies filles et riche héritier, lui annonce qu’il attend l’acteur Stewart Granger dans son ranch. Kay lui présente Raquel. De retour chez lui Combe se remet au travail et a une attirance certaine pour Estrellita. La police vient apprendre à son épouse le meurtre de Raquel. Combe, Kay et Jed sont interrogés. Qui va être le principal suspect ?

De l'autre côté de la frontière

Un polar social, politique aussi avec la confrontation face à face malgré la frontière de deux mondes, le Mexique pauvre et les USA riches. Des Mexicains frontaliers sous tutelle, et un écrivain pas si net mais qu’on va suivre de près, inspiré par un certain Georges Simenon qui était venu faire un tour dans le coin en 1948. A lire en fin d’album. Maigret chez les Yankees. Des meurtres en série mais quel peut être le mobile ? Suspense mon chez Watson, on n’en dit pas plus car Fromental joue avec les nerfs de ses lecteurs, ce qui est une des qualités premières d’un bon polar. Un belle mise en scène, des relances, des cadrages forts, un trait net, Berthet en tout et pour tout, des personnages complexes, ambigus, des dialogues resserrés, du polar à la fois classique et bien ficelé où on ne voit pas les coups arriver. John Huston a des héritiers.

De l’autre côté de la frontière, Dargaud, 15,99 €