Archives : Alfred et Olivier Ka avant Capitaine Fripouille

Alfred et Olivier Ka signent Capitaine Fripouille qui est un petit bonheur d’humour mais aussi un récit édifiant à sa façon qui dénonce avec humour le pouvoir et la puissance des banquiers avides. Un Capitaine, Robin des Bois mytho mais efficace, tendre et affectueux est le héros de ce conte. Voici deux chroniques d’archives publiées sur midilibre.com, la première sur Je mourrai pas gibier d’Alfred, la seconde sur Pourquoi j’ai tué Pierre que les deux auteurs ont co-signé. Deux grands titres qu’il faut relire. Textes Jean-Laurent TRUC.

Je mourrai pas gibierDes histoires de notre temps, drôles, banales par leur simplicité ou étonnantes par leur violence, en voici un bel exemple. Un jeune homme qui ouvre le feu au fusil de chasse sur les invités du mariage de son frère, Alfred a adapté le roman de Guillaume Guéraud, Je mourrai pas gibier. On avait d’Alfred dit grand bien l’an dernier à la sortie de Pourquoi j’ai tué Pierre.

Avec cette bascule irrémédiable d’un adolescent, Clément, vers la folie meurtrière, Alfred nous interroge. Clément ne supporte plus la méchanceté, la cruauté, la violence morale d’un quotidien pitoyable. Alors il passe à l’acte, rendu fou par la haine des autres. Alfred a rendu un album qui émeut, touche et interpelle. Graphiquement il colle au sujet qu’il épaule avec brio. Alfred est un auteur qui sait toucher où ça fait mal. Tant mieux (Delcourt, 14,95 €).

Pourquoi j'ai tué PierreIls ont signé l’album le plus courageux, le plus réussi de l’année. Et sur un sujet grave, difficile, dérangeant, celui de la pédophilie. Une histoire vraie, celle d’Olivier Ka, scénariste de Pourquoi j’ai tué Pierre (Delcourt) sélectionné parmi les nominés du prochain festival d’Angoulême avec des chances de prix.

Au dessin Alfred, qui a vécu jour après jour, case après case l’exorcisme d’Olivier Ka, un ami proche. « Une vraie thérapie pour Olivier. Enfant il vivait dans un milieu ouvert, mélange de hippies libérés et de personnages hors normes, sans vraies frontières morales. On est au début des années soixante-dix. Et il lui est arrivé le pire, un accident peut-être mais dans un milieu favorable à cela ». Premier constat d’Alfred qui plante le décor du drame qu’Olivier va vivre en toute innocence, l’arrivée d’un nouveau copain de ses parents, un prêtre, Pierre, qui l’amènera en colonie de vacances et deviendra pour le petit garçon un héros, un ami, un grand frère. Dérapage un beau jour. Alfred colle au récit. Olivier culpabilise et se tait pendant plus de vingt ans. Jusqu’au jour, précise Alfred, « où sa fille a eu douze ans en attente de l’aide des adultes. Le déclic. Olivier a fait le choix de raconter. A moi ensuite de trier, d’élaguer dans le scénario, succession d’anecdotes. Olivier a voulu créer la surprise en adoptant une chronologie, une progression, un compte à rebours ».

Ultime remède, Olivier Ka et Alfred vont retourner sur les lieux sans savoir que Pierre que l’on croit mort vit encore et y habite toujours. L’incroyable rencontre se produit. Olivier dit à Pierre qu’il va raconter son histoire, sans haine ni mépris, voire avec un reste de tendresse du petit garçon trompé pour son ami devenu un vieux monsieur voûté. « Une tension insupportable, l’enfer. On ne s’attendait pas à cette confrontation. On voulait finir le bouquin où il avait commencé. On n’était pas préparé à cette rencontre. Pierre a essayé de se justifier, a demandé pardon à Olivier ».

Pas évident de sortir intact d’une telle aventure, pour le lecteur non plus d’ailleurs : « La pagaille dans la tête. Olivier s’est senti libéré. Il avait résolu quelque chose. Je sais désormais qu’on a fait ce bouquin pour nous. Je sais aussi que je suis un dessinateur qui ne veut plus époustoufler le public ». Pas sûr car Alfred a pourtant bluffé, apporté toute sa créativité, son talent à cet album atypique et si vrai, émouvant. Une belle page d’écriture authentique.