Intermezzo (qui en bon français signifie partie, le plus souvent intercalaire, d’une œuvre musicale), c’est la nouvelle collection de Dargaud. Des petits formats à pagination réduite, à un moment où la BD sort des pavés souvent qui tire à la ligne si ce n’est à la page. Une belle initiative avec quatre titres et d’excellents auteurs dont Jordi Lafebre, Javi Rey brillante école de Barcelone, Pierre-Henri Gomont, Marzena Sowa et Christina Bueno. On respire à la lecture des 32 pages et on aime le prix, 10 € pièce.

Dans Figures imposées de Marzena Sowa et Christina Bueno, Marilou en assez de faire du baby-sitting. et devient hôtesse d’accueil dans des soirées huppées. Il faut plaire pour une jeune femme à cette époque juste avant que Me Too. Direction la demeure de la Veuve Rousseau, où l’on célèbre les 250 ans d’un champagne de prestige. Une femme comme figure de marque, une pionnière érigée en symbole. Mais ce n’est pas parce que les bouteilles affichent le nom de cette féministe avant l’heure que la soirée échappera aux vieux réflexes. Car sous le vernis, la trame est solide. Derrière l’hommage, les hiérarchies persistent. Les femmes servent, accueillent, sourient ; les hommes circulent, consomment, disposent. Rien n’est gagné, surtout pas pour Marilou et ses collègues. À force d’habitude, il devient difficile de dire où commence l’inacceptable.

Dans Pensionnaires de Pierre-Henry Gomont, une nuit, quatre camarades de chambrée forcent la fenêtre de leur pensionnat pour aller retrouver des filles. Classique et le héros Da Costa a pu obtenir un « rencard ». À peine échappés, ils doivent faire une pause devant l’annexe, et, au beau milieu de la pelouse, allumer une cigarette. Il faut oser, jouer les bravaches, au risque de se faire prendre si on veut gagner le respect des autres. Les trois autres tailleraient bien la route, eux, mais il y a encore Da Costa, et il porte en haute estime les traditions de l’internat. Seulement voilà, ils font trop de bruit et finissent par réveiller le pion, un spécimen rare, ancien CRS, obtus qui prend son fusil et n’hésite pas à tirer sur des ombres. Là aussi c’est toute une époque qu’a vécue l’auteur quand il a commencé à quitter l’adolescence.

Dans Les Oranges amères de Javi Rey, histoire de Zeus, mythologie au départ et qui en a marre des humains leur impose la recherche de l’âme soeur. Il en assez aussi de leurs soif de pouvoir. Platon dans Le Banquet, donne sa vision de l’amour à travers plusieurs discours, en est à l’origine. Elena rentre en fac, cheveux rasés et musique dans les oreilles. Mario, son fiancé, rencontré au lycée, est-il vraiment sa moitié ? Elena a peur d’affronter la vie pour de bon. On retrouve Javi Rey avec joie dans ce court album. Après avoir illustré avec grand talent des histoires vraies (Violette Morris, Un maillot pour l’Algérie) et des adaptations d’oeuvres littéraires, dont Barrio Negro de Simenon avec José-Louis Bocquet, il est toujours aussi convaincant.

Dans Jane dans les nuages de Jordi Lafebre (rencontré souvent à Montpellier comme Javi Rey chez Azimuts), Jane Ground est une jeune femme, aventurière dans l’âme part pour Londres en ballon avec son ami Timothy, indécis chronique. On est vers 1800 et Jane est atteinte de narcolepsie. Elle s’endort sans prévenir. Ce qui dans une Montgolfière peut poser problème. Incapable de travailler ou de trouver un fiancé, Jane doit tout le temps être accompagnée de quelqu’un. Retour sur son enfance et dodo. On va frôler la catastrophe. Ou la provoquer. Là aussi Jordi Lefebre signe un joli conte netre deux personnages, Timothy incapable de prendre une décision et Jane qui va lui apprendre à vivre ses rêves. Un bonheur.
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