La Dernière victoire, un Grand Prix oublié

Roger et Guilhem Escriche se sont lancés sur la piste d’un des plus grands Prix autos d’avant guerre, celui de Penya-Rhin, une compétition automobile de premier plan, se déroula à Barcelone. Mais si le sports avait son mot à dire, la politique l’avait tout autant. Le fascisme de Franco naissant bien que le pays soit encore une République, la guerre d’Espagne, le nazisme d’Hitler et à la corde Mussolini pour compléter le trio. La Dernière Victoire c’est un peu l’apothéose des Dieux avant que l’enfer ne se déchaîne. Une part de romanesque, de Gestapo agissante, d’éliminations diverses mais le fond reste historique, le dessin se défend bien. La dernière course des gentlemen des Grands Prix.

Une jeune femme court sous l’orage, tombe, des hommes la suivent, une patrouille allemande, un type de la Gestapo. Elle tente de sauter un ravin, tombe et on va l’abattre quand une voiture surgit. Barcelone Grand Prix de Penya-Rhin, 1936, les bolides tournent pour les essais. Erreur de trajectoire et l’Auto Union sort de la piste, le pilote se blesse. Bernd Rosemeyer est favori. Il y a aussi Varzi. Dans la foule trois hommes dont Hellermann se passent une photo, celle d’un type à casquette. surnommé le Danois. Ils sont surveillés à la jumelle par Lila entre autres et une autre femme Ilse près d’eux qui écoute. L’homme à casquette est un combattant redoutable qui a fait sortir d’Allemagne de nombreux opposants. Il doit arriver à Barcelone et on l’expulsera ou on l’éliminera. Ilse fuit quand elle entend. C’est elle que la voiture a rattrapé, le tueur écrasé. Elle est rejointe par Willi qui lui tend un briquet avec une tête de chien danois allemand. Retour à la course et la légende de Varzi qui s’est sorti d’un accident terrifiant, intact. Et mécontent de sa voiture. Il veut prendre la voiture de Rosemeyer. Alfred Neubauer patron de Mercedes arrive aussi à Barcelone. Nuvolari, Caracciola, un duel fair-play, « une histoire vraie qui n’a jamais eu lieu ».

Mise en place, flashs-back, on suit mais on peut parfois se perdre un brin. Alfa Romeo, Mercedes, Bugatti et Auto Union sont des fleurons aux ordres des régimes extrêmes.  On retrouvera ça aux JO de Berlin la même année. La course revêtait une dimension de propagande incontournable. A la même époque et Barcelone était encore libre et était devenue un refuge pour de nombreux dissidents de l’Allemagne nazie. Parmi les plus organisés figuraient les membres du DAS (Groupe des anarcho-syndicalistes allemands), engagés dans une lutte à mort contre la Gestapo. Tout se joue sur le suspense, les identités, les rôles des principaux personnages avec une analyse assez subtile du nazisme du peuple allemand. En 1936, tous les opposants sont éliminés, l’industrie de Siemens à IG Farben marche au pas. De belles planches, et des voitures parfaitement reconstituées. Un album qui tient cependant bien la route.

La Dernière Victoire, 128 pages, Paquet, 22,90 €

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