Tout le monde sait que l’évêque Cauchon a été l’homme qui tua Jeanne d’Arc au moins moralement, la condamnant au bûcher, alors qu’il aurait pu peut-être la sauver. Mais le cours de l’Histoire en aurait été changée. C’est sur cette brève certitude que Xavier Dorison avec tout le talent narratif qu’on lui connait, son écriture enlevée avec Louis-David Delahaye écrit sa version romancée du mythe et entre dans le moindre détail du procès. Une saga qui interpelle digne des meilleurs thrillers cinématographiques dont Cauchon est en fait le personnage principal, Jeanne un jouet entre ses mains qui ira au bout de ses voix. On y croit en fait totalement à cette version épique et surtout romanesque. Joël Parnotte (Aristophania) apporte tout son art à ce beau volume richement présenté et édité par Dargaud qui en a fait un objet de référence à plus d’un titre et qui brille avec sa luxueuse couverture dans une bibliothèque. Cauchon n’était peut-être pas celui que l’on croit. Encore que dans le style pas net et tordu très près de ses sous …

La Guerre de cent ans, et les Anglais qui font la loi au Nord. Mais en 1429 une jeune fille bien sous tout rapport a entendu des voix divines, et le dauphin devient grâce à elle Charles VII. Jeanne, c’est elle finit sur le bûcher enjeu d’un lutte qui la dépasse. Cauchon, évêque de Beauvais, prévôt de Lille entre autres, bonjour les cumuls, copain des Anglais, en 1430 a un secrétaire Isembar, pas un idiot, un futé même. Qui va être le narrateur des tourments faits à Jeanne la pucelle. On l’a capturée et il l’annonce à Cauchon car cela s’est passé dans son ancien diocèse. Le comte Jean de Luxembourg la détient. Cauchon va le dire à Bedford car il veut au plus vite tenir un conseil royal car Jeanne est mise aux enchères. Il y a danger et tous la brûlerait bien de suite. Pas Cauchon qui veut un procès pour éviter d’en faire une martyre car Charles est pour lui un bâtard avec face à lui Henri VI pour qui il penche. Jugée et hérétique, le procès du siècle et on en finit. On l’oublie. Le clergé de France est prêt à juger et Cauchon le dirigera. Il a une soeur Louise, abbesse et redoutable qui va le conseiller. Cauchon remet en cause les exploits de Jeanne qui a 19 ans. Et négocie avec Luxembourg qui a besoin d’argent l’achat de Jeanne qui dans sa prison demande confession et communion. Mais pour Cauchon on ne confesse pas une sorcière. Qui en prime pourfait faire de l’ombre à Charles VI qui lui ne lèvera pas le petit doigt même elle l’a fait roi.

Le grand jeu va pouvoir commencer, il faut une légitimité imparable au procès. De la politique de haut vol mais en finesse avec 70 juges donc inattaquable. Démonter point par point le côté sacré de Jeanne, sauf que Cauchon va tomber sur une Jeanne qui va lui rendre ses coups, se battre, investie en fait par sa foi. Et Cauchon va finir pas douter. Tout est là en fait dans cette thèse illustrée. Il ne faut pas trop en dire même si bien sûr on sait l’épilogue. Mais pourquoi au final ? Cauchon sera le coupable parfait, celui qu’on va haïr dans l’inconscient national qui a fait de Jeanne une sainte, et a même une image très patriotique en plus de son auréole. Un album qui tout d’une super-production écrite et dessinée avec beaucoup de finesse et respecte avec presque tendresse Jeanne qui ne se reniera pas. Parnottte lui a donné un beau visage, des attitudes émouvantes.
Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc, 176 pages, Dargaud, 35 €

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