
Appollo et Brüno sont de retour avec un hommage et peut-être surtout une vision très novatrice de Lucky Luke. On connaît le large éventail des deux brillants complices. T’Zée, Commando colonial, Les Voleurs de Carthage avec Tanquerelle, Les Chronique du léopard, Appollo et Brüno savent surprendre et bien. Avec Dakota 1880, Lucky Luke a droit à un passé revisité en sept histoires courtes qui bien sûr se tiennent, progressent et délivrent leur secret. Avec preuves à l’appui en fin d’album, la source de l’inspiration de Goscinny quand il met au monde avec Morris le cow-boy solitaire le plus connu de l’Ouest. Alors sacrilège ou au contraire miracle ? Peu importe car on se laisse totalement embarquer dans cette aventure généalogique à l’ambiance prenante, à la limite même du bouleversant. Le dessin est à la hauteur du talent unique de Brüno dont le trait nous a toujours subjugué par sa clarté et en fait sa diversité. Appollo sait mieux que personne raconter des histoires, des dialogues toujours ciselés et où il n’y a rien à jeter. Enfin, pour mémoire un clin d’oeil à Arizona 1880 première histoire de la série Lucky Luke par Morris âgé de 23 ans publiée pour la première fois fin 1946 . Plus à La Diligence autre album célèbre.

Au Dakota en 1880 Lucky Luke est sur une diligence dont il assure la protection comme shotgun. Il neige et un homme arrête la diligence pour montre à bord. Un instituteur, Louis Riel mais un barrage oblige Luke a descendre sur la piste. Assommé il se réveille seul et tombe sur deux Indien qui cherche un maître d’école. Il leur achète un cheval et retrouve la diligence où trois hommes se préparent à pendre Niel. Mais Luke tire plus vite que son ombre et les fait fuir. Qui est vraiment Niel ? Le chef des rebelles métis franco-indiens. Vient ensuite le récit d’un jeune afro-américain qui avec sa grand-mère a traversé les USA car on a promis à tous les esclaves libres une mule et 40 acres de terrain. Grandma les veut. Partis de Louisina ils décrochent Luke pendu à un arbre et le soigne. Chacun suivra sa route. Baldwin c’est le nom du jeune homme retrouve Luke qui le prend dans sa diligence. Il va en Californie exiger sa mule et au passage voit comment Luke tire. Mais a une concurrente sérieuse, la jeune Annie Oakley, (qui n’a rien à voir avec Calamity Jane, erreur désolé). Beaucoup plus tard Calamity et Luke seront les vedettes d’un album en commun. Concours de tir, Annie va mettre tout le monde d’accord.

La diligence est le théâtre à huis presque clos de ces nouvelles aventures de Luke. Des portraits et un fil rouge qui montre aussi Luke autrement qu’en gentil héros solitaire. Une prostituée, il règle les comptes. Une photo de Luke prise par Wilcox un photographe de l’Ouest, des petits journaux à 10 cents avec des exploits des gloires de l’Ouest, Baldwin ne reverra jamais Lucky Luke. Mais en fin d’album, grâce à un certain Gustav Frankenbaum qui avait rencontré Luke dans Les Collines Noires on va tout savoir sur lui, sa création en 1946, le livre de Balwin Chenier dont Dakota 1880 est inspiré. Les Western dime novels, Baldwin en écrira. Calamity Jane parlera de Luke dans ses mémoires. Alors vrai ou faux ? La citation qui conclue l’ouvrage dit tout : On est dans l’Ouest. Quand la légende dépasse la réalité alors on publie la légende. Un album hors normes émouvant.
Lucky Luke, Dakota 1880, 64 pages, Dargaud, 16 €


Attention : Phoebe Ann Mosey (alias Annie Oakley) et Martha Jane Cannary (alias Calamity Jane) sont 2 femmes différentes.