Une adaptation d’Erri De Luca par Didier Tronchet et Christian Durieux au dessin (qui a fait l’excellent Spirou Pacific Palace), Le Jour avant le bonheur est une démonstration douce, légèrement amère de la difficulté à tomber amoureux, tout en trouvant sa voie. Un jeune garçon dans une cour à Naples, une jeune fille à sa fenêtre, seuls des regards auraient pu être échangés. Ce ne sera pas le cas. On est complètement accroché au récit dans une ambiance à la fois tumultueuse et secrète. Un dessin qui emballe aussi le texte en douceur, en nuances et un vieux conseiller qui a tout d’un dieu de l’Olympe, mentor et conseiller.

Une arrière-cour à Naples, un quartier après la guerre. Les gamins jouent au foot, le soleil se faufile par réverbération. Le ballon tombe sur un balcon. Un jeune garçon, Erri, va le chercher à condition de jouer avec le autres. Une ascension difficile et le regard vert d’une jeune fille à sa fenêtre au troisième étage. Les locataires sont divers, professeur, une dame et ses chiens, une belle veuve en noir, un comptable qui n’a pas de chance et le concierge Gaetano dans sa loge. Personne ne connait vraiment le jeune fille du troisième. Erri est orphelin, laissé là par sa mère adoptive et vit seul dans un réduit. Gaetano se raconte, sa tristesse à l’orphelinat. Erri adore l’école, Gaetano le nourrit, s’occupe de lui. Erri voit partout la jeune fille et joue très mal à la scopa, un jeu de cartes napolitain. Elli ne pense qu’à sa muse. Un jour en allant chercher le ballon il découvre dans le sous-sol une cache avec un lit et des livres. Il y va y revenir souvent et lire. La veuve vient souvent demander des service à Gaetano qui raconte à Elli à qui a servi la cachette pendant la guerre.

Un huis-clos en fait mais Elli grandit, les autres personnages aussi. L’adolescence, 17 ans, l’Argentine où est allé Gaetano, pas un instant on ne décroche de cette chronique si bien construite et dessinée. On finit pas s’identifier à Elli, se poser les mêmes questions que lui, ou se souvenir de se les être posées. Le sourire du plombier et enfin la fillette devenue grande, Anna. La suite est tout autant séduisante, captivante, sans bruit ni remous. Les yeux verts et un mystère qui se dévoile peu à peu. Emotion et chaleur mais drame peut-être très napolitain à la clé. Un très bel album, très achevé qui une fois de plus montre que la BD et littérature ne font qu’un.
Le Jour avant le bonheur, 80 pages, Futuropolis, 17 €

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