Le nom est devenu un symbole, celui qui a permis les premiers pas de l’homme sur la Lune. Il a fait en son temps toutes les Unes du monde entier et Robin Walter lui consacre une sorte de biographie critique particulièrement audacieuse et bien faite. Qui était vraiment Wernher Von Braun ? Un savant, un génie, un scientifique, un homme qui savait communiquer, le père des fusées modernes, un politique, un manipulateur ? Sûrement tout cela à la fois avec un charisme indéniable et aussi une mémoire parfois sélective sur ses années à jouer avec le diable, d’Hitler à Himmler ou Speer. On remonte le temps, on suit Von Braun à la piste, on découvre comment Robin Walter va au plus près d’un homme à la conscience élastique et fait donc aussi avec son ouvrage acte de mémoire après son KZ Dora.
C’est aux Américains que Von Braun veut se rendre en 1945, et avec lui son frère et des collaborateurs. Il sait que la chasse aux savants allemands est ouverte. Autant éviter un séjour à Moscou. Et ça marche. Quand on a sous la main le créateur des V1 ou V2, plus autres fusées mortelles, on l’exfiltre. Direction Boston avec tous les documents que Von Braun a mis dans le contrat. Sauf qu’il lui reste au dessus de la tête le procès du camps de concentration de Dora où il a puisé de la main d’œuvre déportée, lui l’ancien officier SS nommé par Himmler. L’opinion publique réagit mais c’est désormais la lutte avec les Soviétiques, bombe atomique, fusées qui occupent les esprits. Von Braun joue sur du velours comme il l’a fait avec les nazis pour créer la base de Peenemünde et avoir le monopole sur la recherche et la création de fusées balistiques qui devaient changer le cours de la guerre.
Opportunisme et certes génie, Von Braun abat ses cartes sans états d’âme. D’Hitler à Kennedy à qui il promettra que les Américains seront les premiers sur la Lune alors que les Russes ont un round d’avance. On va presque le plaindre pour Dora. Il enverra dans l’espace le premier cosmonaute, Shepard dans une de ses fusées. Apollo, c’est lui qui dirige. Son arrestation provisoire par la Gestapo lui servira pour se refaire une image. Il inventera la guerre des étoiles avec l’idée de satellites largueurs de bombes atomiques. Protégé par Speer pour les nazis, puis par le gouvernement US, blanchi, il ira toujours comme le dit Walter (Maria et Salazar) à l’essentiel. Mais son passé lui restera toujours collé à la peau même si parmi les scientifiques « récupérés » à l’Ouest ou à l’Est il n’était pas le seul dans son cas. Un ouvrage journalistique qui remet les pendules à l’heure.
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