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Toutes les mers, le Liban pris au piège d’un Moyen-Orient qui n’en finit pas de souffrir

La chronique en demi-teinte d’une famille qui va traverser  Toutes les mers et finalement s’échouer en douceur, au moins au début, sur les rives du Liban. Et y jeter l’ancre sans savoir que ce pays serait frappé par des bouleversements sans fin. Michèle Standjofski est illustratrice, auteure de BD. Elle conte par le menu cette diaspora assez hétéroclite au parfum chaleureux. Née au Liban, française de cœur, elle vit à Beyrouth et sa saga familiale a le charme, la saveur à la fois du bonheur perdu mais de l’espoir confiant en des identités multiples qui ont façonné son destin et sa vie.

Elle va interroger sa mère, Michèle. On ne parle jamais assez avec ses parents, formidables passeurs de mémoire. Elle va découvrir qu’elle a du sang italien avec Antonio et Maria venu de Naples à Beyrouth en passant par Le Pirée. Mikhail et Alexandra Horoche viennent eux de Moscou, de Crimée et de Belgrade. Une histoire de révolution, de guerre et d’arts qui finit aussi à Beyrouth dans les années trente. Le Liban est sous protectorat français. Et peu à peu Michèle déroule le fil d’une famille aux origines les plus diverses, reconnues et conviviales. Ils vont tous avoir leur histoire resurgit du passé, enjouée et souvent tendre. Un arbre généalogique vivant qui traverse presque un siècle, remonte le temps, s’arrête sur des scènes de vie, et la naissance de Michèle en 1960 à Beyrouth bien sûr. On a aimé son grand-père, sa façon de mordre les pestes qui l’entourent, le chocolat mou. La guerre des Six Jours à celle qui commence en 1975, le Liban de paradis insouciant devient un enfer.

Comme elle le dit Michèle Standjofski, elle a du sang polonais, russe, italien, grec, français. Elle est turque, habite le Liban et parle français. Elle vit son adolescence en pleine guerre civile et s’implique dans le conflit. Elle partira de Beyrouth et rejoindra des pays qui ne se soucient pas de ce qui se passe chez elle. Elle y reviendra pourtant et on lui fera sentir que, malgré toutes ses origines, elle n’est pas libanaise. Un comble et ça finira par l’agacer, Michèle, femme de conviction et de courage. Son livre est une merveilleuse illustration sincère, émouvante de ce qu’a été et est encore le drame libanais. Un pays où il faisait bon vivre en paix pris au piège d’une politique qui lui échappe entre Israël, Syrie, et réfugiés palestiniens. A cheval entre deux mondes, Michèle Standjofski s’est construit, elle le dit, des passerelles. Comme avant elle ses parents ou aïeux, qui se sont adaptés tout en gardant leurs racines. Avec ses mots, ses crayons, ses couleurs, sa subtilité et sa tendresse, Michèle Standjofski a su rendre intelligible avec douceur, humour la complexité libanaise dans un Moyen-Orient qui souffre toujours et encore.

Toutes les mers, Des Ronds dans l’O, 24 €

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