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Violette Nozière, vilaine chérie, empoisonneuse et midinette

Dans la mémoire collective elle reste une empoisonneuse. Violette Nozière est l’héroïne d’une des plus grandes affaires criminelles des années trente. Eddy Simon, journaliste, et Camille Benyamina au dessin ont tiré de ce personnage atypique un album très riche, graphiquement et psychologiquement fouillé qui est l’un des poids-lourds de ce début d’année.

Violette Nozière est une redoutable. Un brin mégalo et beaucoup déluré, Violette fait tourner en bourrique ses parents. Son père l’adore. Sa mère la craint et la méprise. C’est vrai qu’elle n’y va pas de main morte, Violette. Elle a le feu aux fesses très jeune et s’en donne à cœur joie. Elle veut se libérer de l’emprise familiale et tous les moyens seront bons. Affabulatrice, Violette s’invente des parents haut de gamme et finit par glisser dans leur soupe de quoi devenir orpheline. A 18 ans elle met le feu partout où elle passe, de Paris à l’Auvergne. Elle tombe amoureuse d’un gigolo qui va vivre à ses crochets. Violette puise dans les réserves familiales et vole sa mère. Elle se prostitue pour son mec. Violette est une fleur vénéneuse sans états d’âme. Elle empoisonne ses parents. Cette fois elle réussit. Son père meurt, sa mère s’en sort. Commence un procès qui restera dans les annale. Elle accuse son brave père d’inceste.

Elle sera une sainte en prison. Sa mère lui pardonne. En 1945, Violette est libérée. On n’entendra plus parler d’elle. Elle sera même réhabilitée. Elle avait échappé à la guillotine, vivra la guerre et l’occupation derrière les barreaux. On pourrait se poser la question de ce qu’elle serait devenue, libre pendant la guerre. Elle reste une jeune fille paumée mais volontaire, capable du pire, qui avait ses rêves de midinette.

Eddy Simon et Camille Benyamina ont signé un bouquin très fort. Ils tracent un portrait en finesse de Violette Nozière, montre la manipulatrice qui sur un plan psychiatrique a des failles. Le dessin, les traits, le visage de Nozière donnent toute sa force maléfique au personnage mais en en atténuant les extrêmes. On pourrait presque avoir de la sympathie mais difficile. Superbe album.

Violette Nozière, vilaine chérie, Casterman, 20 €

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