Le Dernier Atlas, le géant de fer contre l’alien des sables

Quand on avait rencontré à Lyon Fabien Vehlmann il y a deux ans, il était en plein dans son nouveau projet, Le Dernier Atlas. Voici ce qu’il nous en disait : « Je suis sur une nouvelle série, Le Dernier Atlas chez Dupuis. Un gros travail de trois fois 200 pages avec une équipe composée de Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard. C’est une uchronie où la guerre d’Algérie a été décalée de 15 ans et commence vers 1968. Il y a des robots géants construits par la France pour bâtir des infrastructures à la fin des années 40 mais qui auront un rôle plus ambigu. Il y a des équipages à bord, pas un pilote seul. Le récit commence de nos jours et un Alien apparait. Donc la solution pour l’affronter pourrait être ces robots réformés mais il faut recomposer un équipage. Il y a des flashbacks. Je cherchais depuis des années un axe pour parler de la guerre d’Algérie mais il y avait le risque d’être interrogé sur « tu es pour ou contre l’Algérie française. On n’a pas fait le deuil de cette guerre ».

Le Dernier Atlas

Avec le premier tome du Dernier Atlas, on commence comme dans un thriller, avec son lot de mafieux, pour dériver vers un Space cow-boy revisité. Ce que confirmait Fabien Vehlmann en ajoutant « ce projet me prend beaucoup de temps. Je lis des docs sur la guerre, cela me pèse, cela me traumatise. Mon père qui a fait cette guerre ne m’en jamais parlé. Donc c’est aussi très personnel et je dois livrer ma propre réaction émotionnelle. C’est un peu violent. Et c’est un gros morceau qui aura du poids et un potentiel ». C’est le moins qu’on puisse dire. On est immédiatement plongé au cœur d’une aventure à la fois saisissante, parfaitement cadrée, à grand spectacle et steam-punk, en prime.

Le Dernier Atlas Au Tassili de nos jours, les oiseaux migrateurs se regroupent, se laissent mourir et font des mutations bizarres. A Nantes, les truands ont des soucis. Le racket des machines à sous dérape. Ismaël Tayeb travaille pour le parrain local, le Gros. Un ancien patron surnommé Dieu le père, Legoff, est de retour et flanque la panique pisté par les flics. Ismaël doit l’ex-filtrer d’une boite de nuit. Ce qu’il fait sans états d’âme mais Legoff ne va pas aimer que Tayeb lui casse un doigt. Il réussit et sa femme vient le récupérer. Au Tassili, en Algérie, les insectes à leur tour sont touchés par des mutations délirantes. De drôles de marques apparaissent sur les ailes d’un papillon. Tayeb retourne en Algérie avec le Gros pour revoir Legoff. Ce sont des robots géants, les Atlas, qui ont bâti les infrastructures du pays au milieu des années 40. Ils sont été démantelés sauf un qui est en Inde. Dans le désert, Françoise Halfort spécialiste de la radioactivité, vient enquêter. Un séisme se déclare au centre du Tassili. Tayeb accompagne Legoff pour une affaire de trafic d’arme dans le sud saharien. On lui demande de trouver des matériaux radioactifs. Tayeb rejoint l’épicentre du séisme où la terre ne cesse de trembler. Il propose d’aller remettre en état l’Atlas pour le rapatrier avec ses composants radioactifs. Mais il lui faut un équipage. Il a une idée bien précise derrière la tête.

Le Dernier Atlas

C’est bien sûr le dernier Atlas en Inde qui devient très vite la clé du récit. Avec, en toile de fond, l’uchronie française qui réécrit gaullisme, indépendance algérienne, aménagement du pays, l’OAS, le pétrole d’Hassi Messaoud et le printemps arabe de 1968 débuts de la guerre en Algérie, la mystérieuse catastrophe de Batna. On y ajoute l’ET en forme lui aussi de robot géant, ami ou ennemi. Qui peut l’affronter ? L’Atlas bien sûr, vision mystique de Tayeb. L’équipe Vehlmann, Bonneval, Blanchard, Tanquerelle font dans le lourd, le grandiose. La Guerre des Mondes, Mars attaque ou simplement un bon Jacobs. Tout se tient, les personnages sont sculptés dans le moindre détail. De la SF, du fantastique, on se laisse embarquer à bord de cet Atlas qui promet encore deux tomes d’aventures hors normes. Bravo Fabien Vehlmann et consorts. Le dessin de Hervé Tanquerelle a une importance majeure dans la crédibilité et la puissance de l’histoire. Jubilatoire cet Atlas.

Le Dernier Atlas, Tome 1, Dupuis, 24,95 €