Interview : Tanquerelle, des Voleurs de Carthage au Professeur Cyclope

Hervé Tanquerelle avec la complicité d’Appollo au scénario fait le siège de Carthage et y a amené une poignée de gibiers de potence bien décidés à piller la banque. Encore qu’à l’époque, celle de Scipion l’africain et de la guerre entre Rome et Carthage, c’est plutôt le trésor des prêtres qu’ils rêvent d’embarquer. L’occasion d’une rencontre avec Tanquerelle au salon du Livre. Il parle des Voleurs de Carthage (Dargaud) mais aussi de son journal BD numérique qui fait ses premiers pas sur le web, Le Professeur Cyclope.

Hervé Tanquerelle
Tanquerelle signe Les Voleurs de Carthage et lance Professeur Cyclope sur le net, un journal de BD numérique.

Carthago delenda est, un classique, citation de Caton qui voulait à tout prix écraser Carthage. Qu’est ce qui vous a poussé à revenir sur cet évènement ?

Il y avait longtemps qu’Appollo et moi voulions travailler ensemble. On s’était rencontré à La Réunion. Au départ nous avions envisagé d’adapter Salammbô de Flaubert. J’aime bien les grandes scènes de bataille. Appollo a sauté sur le sujet car cela nous permettait en plus un clin d’œil à Jacques Martin et Alix. Pour une fois les Carthaginois ne seraient pas les méchants avec leur dieu Baal Molock dévoreur de petits enfants.

Donc on est au moment où les Romains assiègent Carthage, leur rivale qu’ils veulent anéantir.Vous y avait ajouté le casse de l’Antiquité, un Ocean Eleven revisité, et des héros hors normes.

Une vraie galerie d’improbables. J’adore ça, des marginaux. Mes influences remontent à la surface, des losers magnifiques. J’ai suivi les pistes ouvertes par Appollo. Je lui ai fait des croquis selon les personnages. Mais Appollo n’est pas intrusif du tout. Pour la jeune femme qui est le leader du gang, Tara, je me suis inspiré de l’actrice du film La Graine et le Mulet. Tara est une manipulatrice, elle est dure. Les deux autres protagonistes, le Numide et le mercenaire gaulois, tombent sur elle par hasard, la sauve et elle les embarque avec la promesse de ce casse du siècle, voler le trésor de Carthage. Ils vont souffrir, les larrons.

Ce qui ne va pas être simple. Il y a le prêtre du temple où Tara va devenir vestale qui est dans le coup. C’est volontaire son visage assez proche de l’illuminé de l’Étoile Mystérieuse d’Hergé ?

Les Voleurs de Carthage
Les Voleurs de Carthage

Franchement non. Une influence encore. Il lui ressemble c’est vrai. Mais le plus important c’est l’évolution des héros. Ils viennent tous de milieux durs. Le Gaulois, brut de décoffrage, fini par être attendrissant.

Entre le texte d’Appollo, votre dessin qui s’exprime pleinement, ces Voleurs montrent une parfaite harmonie.

Les dialogues bien écrits scandent le rythme. Appollo m’a laissé toute liberté dans les scènes d’action comme celles où les Romains affrontent les derniers éléphants de Carthage. J’avais dans le scénario la place nécessaire pour cela, donner de l’ampleur à mon dessin.

Un gros travail ce premier album. Combien au total pour cette aventure ?

Deux, et effectivement je ne vais pas dire le contraire. Un très gros travail. Je me suis servi de crayons gras. Je pensais me simplifier le travail. Erreur. Cela m’a fait faire deux encrages. J’en avais un peu marre de la plume. On a également une très belle couleur d’Isabelle Merlet. Le tome deux devrait sortir en janvier 2014. Ce sera dur. On discute encore sur la fin.

Autre belle aventure, celle de Professeur Cyclope, un journal numérique de BD ?

Dédicace d'Hervé Tanquerelle
Tara, belle et fière, le cerveau du casse à Carthage (Tanquerelle ®)

Oui, qui a commencé. Professeur Cyclope veut retrouver l’esprit des journaux de BD des années soixante. Dans l’aventure il y a Fabien Vehlman, Gwen de Bonneval, Pedrosa, Brunö. Renouer des liens avec les auteurs, avoir une ligne éditoriale mais ce n’est pas du bi-média Professeur Cyclope, pas du copier coller. C’est un journal avec des pré-publications, une centaine de pages par mois, un beau défi, pensé pour le numérique. Un lieu de création qui n’est pas contre les éditeurs bien sûr.

Il faut que les deux économies vivent ensemble, papier et numérique. On se renvoie l’ascenseur en ramenant un public qui ne lit pas de BD. Pas mal d’auteurs viennent de l’animation et ils pourront s’exprimer avec Professeur Cyclope. 50% gratuit, 50% payant sur abonnement en partenariat avec ARTE pour un an qui finance la moitié du projet et qui relaye Professeur Cyclope sur son site, voila le cadre et on y croit très fort. Enfin je suis sur le tome 3 et dernier de Racontars.

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