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Entrez dans la danse avec Teulé et Guérineau qui se retrouvent pour un pas de deux endiablé

De Jean Teulé, on dira qu’il est un maître enchanteur des mots. Depuis son premier roman, en passant par Le Montespan, Je François Villon, Charly 9 et cet Entrez dans la danse qui devient une BD, on ne l’a jamais lâché, rencontré, interviewé. Teulé, c’est d’abord la BD puis la littérature. Ceci explique peut-être cela, talent en prime, novateur sans complexe, capable de briser règles et tabous par des dialogues décalés, modernes pour des situations souvent historiques. Avec lui, pour faire adapter ses BD, il a embarqué quelques beaux dessinateurs qui ont su le mettre en textes et images avec intelligence et finesse. On pense au regretté Philippe Bertrand, à Luigi Critone et, bien sûr, à un récidiviste Richard Guérineau qui s’est aussi inspiré de lui pour un Henriquet endiablé. On va donc cette fois danser, non pas en Avignon, mais à Strasbourg, au XVIe siècle. Guérineau et Teulé se retrouvent pour une folie échevelée et dantesque.

On ne rigole pas à Strasbourg en 1518. Même si le monde entier envie cette ville enchâssée dans l’Empire Germanique. Un pays de cocagne, où on est rigoriste, discipliné. Et hop, tout part en vrille car on a faim à Strasbourg après sécheresse, le froid, la famine. Oubliée la choucroute, le Baeckeoffe ou autre spécialité. On tue les nourrissons ou, pire, on en fait des civets. Ce qui pousse Enneline, qui a flanqué le sien dans l’Ile au pont des Corbeaux, a voir des renards et à se mettre à danser sans raison, sans pouvoir s’arrêter. Elle a la danse communicative et l’épidémie s’étend sans que personne n’y comprenne rien. Au diable la bienséance, au diable la décence. La mort qui rode a fait éclater dans une cavalcade effrénée la raison des Strasbourgeois. Le bourgmestre, l’évêque qui en a fait cramer pour moins que ça, les médecins dépassés, tout le monde ne rentre pas dans la danse mais s’inquiète du phénomène. Et des conséquences.

Comme toujours avec Teulé, l’histoire est vraie. On a parlé de peste dansante en 1518 à Strasbourg. Comme le décrivent Teulé et Guérineau. La danse de Saint-Guy ? Personne n’a jamais vraiment compris. Quant au remède on n’en dit pas plus mais il a été surprenant. Le mal par le mal. La part romanesque ajoute au propos. Elle donne à Guérinau de quoi faire vivre et danser son dessin par son propre talent, ses visions du roman. On est au plus profond d’un drame appuyé par Teulé qui, mine de rien, pourrait avoir eu des conséquences inattendues. Des scènes superbes dont une qui à du Béjart en elle, un parvis de la Cathédrale à la Hugo revisité psychédélique, une danse macabre. Du grand art à tous les niveaux. Comme on en aimerait en voir plus souvent.

Entrez dans la danse, Delcourt/Mirages, 16,50 €

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