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L’Amant, Marguerite Duras corps et âme

C’est le titre phare de l’œuvre de Marguerite Duras, prix Goncourt en 1984. L’Amant est largement auto-biographique. Une jeune fille issue d’une famille pauvre de colons français en Indochine vit une relation impossible avec un riche commerçant chinois à Saïgon. Le livre a aussi été porté par le très beau film de Jean-Jacques Annaud en 1992. Kan Takahama, séduite par le texte du roman, l’a adapté en manga. Encore que l’appellation soit quelque peu simpliste pour un album certes sous influence japonaise mais aussi sous celle d’une BD européenne affirmée en partie dans le graphisme, les décors, le découpage. Un album qui prend au cœur, beau et redoutablement émouvant car Duras y est omniprésente.

En 1982, au détour d’une rencontre avec un lecteur, Marguerite Duras se souvient de sa jeunesse indochinoise. Adolescente dans une famille endettée, avec un frère joueur et brutal, une mère dépassée, en 1930, elle est au collège pour devenir professeur de maths. Alors qu’elle veut écrire. Sur le bac pour rejoindre sa pension dans le bus des indigènes, elle croise dans sa belle voiture un jeune Chinois qui l’aborde. Il en sait beaucoup sur sa famille et semble être subjugué par l’adolescente. Il lui dit aussi qu’il est riche et revient de France où il faisait ses études. Il l’accompagne à Saïgon. Marguerite sait que désormais leurs destins sont liés et qu’il sera le premier homme de sa vie.

Duras parle d’elle, d’une occasion sentimentale et financière, du télescopage entre deux mondes qui ne pouvaient à l’époque se rejoindre. Elle raconte une passion brutale et déraisonnable qui se finira par une fuite obligée mais aussi de la beauté de sentiments exacerbés peut-être par les lieux et les circonstances. Le jeune Chinois l’aimera à jamais. Elle vivra avec lui des moments de plaisir et d’affrontement, des envies physiques mais aussi d’argent pour aider sa mère. Elle va vieillir et Kan Takahama réussit le tout de force de glisser dans son adaptation l’âme du roman de Duras. Le dessin est fin, travaillé et pourtant libre de toutes contraintes apparentes, naturel.

L’Amant, Rue de Sèvres, 18 €

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