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Stalag IIB T3, Tardi fils se dévoile

Avec ce tome 3 de Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, son fils Jacques boucle un tour d’horizon à la fois familial mais surtout personnel. Autant dans les deux premiers tomes, Jacques Tardi en était l’avatar accompagnateur d’un père envoyé en Allemagne en captivité après une campagne de France qui avait mal tournée, autant dans ce dernier épisode, le jeune Jacques est bien là, confie ses propres souvenirs, ses joies, ses peines, peut-être en disant son ressenti. Il se dévoile Jacques Tardi, comme il l’a fait avec l’interview accordée avant la parution de l’album à ligneclaire.info. Stalag IIB forme un tout, intime, revient sur l’Histoire de France, détaille les deux guerres mondiales, les certitudes de l’auteur, raconte les liens familiaux des Tardi avec en statue du commandeur René, le père, dont on sent Jacques Tardi très proche mine de rien. Ce n’est pas une autobiographie même de jeunesse. Non, Tardi y décrit son envie innée de dessiner, la distance sentimentale entre lui et sa mère, bouscule le récit, parle de cette Occupation en Allemagne d’une France tout juste tolérée par les vaincus. Mais attention, ce n’est pas, une fois encore, une autobiographie car il aurait pu continuer Tardi sauf que « j’aurai pu rebondir mais tomber dans l’autobiographie, c’est détestable. Raconter sa vie, je veux bien si vous avez chassé la baleine et passé quinze fois le Cap Horn ».

René Tardi

La débâcle en 40, le camp, des millions de mort, le retour en France, René Tardi flanqué de l’avatar de Jacques fait le point. En 1945, 2 000 000 de soldats français sont revenus de captivité. Il est de la Drôme, René et se souvient des années d’avant-guerre, des copains. Tour d’horizon familial sur les poilus de 14, le parent aviateur, les chars. Il reprend ses marques René avec un recul un brin dégoûté sur l’Occupation et la servilité de la Police ou de la Gendarmerie qui fait le boulot des frisés. Milice, résistant massacres, Berlin sous les bombes, René rempile dans l’armée, et se retrouve en Occupation cette fois en Allemagne mais côté vainqueur. On juge les nazis à Nuremberg. On se souvient des massacres, Oradour, Malmédy. Jacques arrive dans ce monde toujours aussi fou. Il habite chez ses grands-parents. Tout le monde s’en va à Bad Ems près de Coblence. Début de l’école pour Jacques au début des années cinquante. Les troupes françaises sont tolérées. De toute façon, ils n’ont pas le choix les Allemands. Leur pays a été coupé en tranches, une grosse russe avec Berlin aussi partagée par les vainqueurs, une anglaise, une US et une française plus petite au sud. Des ruines tout autour mais on vit bien quand on est une famille de militaires hexagonaux en Germanie. De la neige, des culottes de cuir qui grattent les fesses, des jouets fabuleux dont des trains électriques superbes, bientôt les BD, Jacques Tardi anticipe sur son destin.

Touchant ce tome 3 de Stalag IIB, peut-être aussi quand on a des références communes dont ces années d’Occupation à un jeune âge. Tardi colorise les scènes qui lui semblent des tournants importants pour lui, son avenir, ses souhaits, ses envies. On est à une époque qui a vu la fin d’un monde, massacré, nivelé mais dont on entretiendra le souvenir au moins dans l’esprit de la génération suivante. Tardi revient sur 14-18 ou la Commune, des sujets qu’il connait bien. L’ouvrage se termine par des portraits de famille, l’humain à portée de regard avec postfaces de lui et de Dominique Grange. Qu’en conclure ? Jacques Tardi en aurait-il terminé ? Avec ses souvenirs sûrement. Ces trois tomes sont une sorte de grand œuvre, de leg, sincère et émouvant. Reste le créateur parfois désabusé mais dont on sait tout le talent créatif. Comme il l’a dit « on verra bien ».

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, Tome 3, Après la guerre, Casterman, 25 €

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