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La Septième Arme, la guerre révolutionnaire permanente

Dans l’armée française de terre on parle d’arme. Exemple, l’infanterie est une arme, idem pour l’artillerie, le génie aussi. Il y en a six au total. En parlant de Septième arme, David Servenay et Jake Raynal valident le nom de la guerre révolutionnaire, celle qui transforme une population civile en arme de conflit ultime. Pour faire simple, son corollaire, c’est le terrorisme. On va donc plonger dans ce bouquin illustré avec les auteurs aux sources mêmes de cette arme, revenir finalement pas si loin en arrière, à la seconde guerre mondiale pour en arriver au fil des conflits à aujourd’hui, à l’armée dans les rues françaises, comme en 1957, à Alger, pouvoirs de police en prime, pour éradiquer les réseaux de poseurs de bombe du FLN. On y reviendra.

Quand Emmanuel Macron remonte les Champs Élysées dans un command car, il met les points sur les i. Il est le chef des armées et selon les déclarations des politiques depuis Charlie ou le Bataclan la France est en guerre. Renseignements, services action, armée en patrouille, il faut faire face à une menace, certes latente autrefois, mais devenue quotidienne, incontrôlable. La seconde guerre mondiale a bouleversé la donne. L’Allemagne va devoir affronter des résistants, des partisans, des réseaux mis en place avec l’aide du SOE britannique. On ne sera plus en 1945 au même niveau qu’en 1939. Le colonel Lacheroy sera le pionnier de cette guerre dite révolutionnaire. Il sera le maître d’œuvre de ses théories. Comme aussi les jeunes officiers qui vont débarquer en Indochine, certains formés par les SAS britanniques. Le Viêt-minh, adversaire nationaliste contre lequel se battent les Français en Indochine, est comme un poisson dans l’eau, au sein même de la population. Les Français montent des commandos franco-vietnamien, dont le GCMA, s’appuient sur les ethnies avec à la clé l’opium. On le voit plus loin dans le livre. Mais au plus haut du commandement on croit encore que dans un pays comme le Vietnam la guerre peut avoir des formes classiques. La guerre révolutionnaire est une dictature pure, dure et cruelle écrit Lacheroy. Il a raison. Diên Biên Phu, le mirage d’une victoire contre Ho Chi Minh se transforme en désastre. Renseignements, action psychologique, les officiers français dont Bigeard dans les camps viets vont vite comprendre et exporter les principes.

La guerre d’Algérie sera le vrai théâtre d’opérations de la Septième arme. Lacheroy, que l’auteur a longuement rencontré pour sa thèse, expose en 1957 ses idées devant un parterre de personnalité. La bataille d’Alger que dirige le général Massu avec les bataillons paras dont celui de Bigeard (il écrira un bouquin sur le sujet Contre Guérilla et montera une école sur le thème) applique des principes de recoupement qui vont détruire le FLN d’Alger et arrêter les attentats. Trinquier, Léger et la ses fausses infos qui font se massacrer les chefs FLN, la torture avec entre autres Aussaresses, la terreur gagne mais provisoirement. L’Algérie deviendra indépendante, logiquement, comme toutes les colonies. Il y a eu aussi ces guerres révolutionnaires oubliées ou la France jouera un rôle comme au Cameroun. La France exporte ses conseillers aux États-Unis où on est preneur de l’expérience. Elle réorganise ses services de renseignements quand elle s’aperçoit pendant la première guerre du Golfe qu’elle est tributaire des Américains comme le dit l’auteur.

La guerre révolutionnaire n’en finit pas. Pas un gouvernement de la Ve République qui n’ait apporté sa pierre à l’édifice. Mais alors si on connait aussi bien les mécanismes pourquoi n’arrive-t-on pas à contrer le phénomène ? Parce qu’en 2018 le poisson est généralement Français dans une eau française. La guerre est désormais permanente, imparable et le pire serait à venir. Intégration ratée, actions individuelles, suicidaires ? Il faut lire cette Septième arme, certes écrite sous forme de BD mais bourrée d’informations, bilan impressionnant et angoissant, précis, travaillé. Ce n’est pas une thèse, c’est un constat et il n’est pas brillant. La conception graphique colle parfaitement au sujet qu’elle permet ainsi de mieux appréhender.

La Septième Arme, Éditions La Découverte, 19,90 €

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