
Une guerre qui a laissé pratiquement indifférente la France. Qui se souciait en 1945 que l’Indochine française soir revendiquée par un communiste du nom de Ho Chi Minh ? Sauf que ces terres lointaines étaient sources de profit même si les Français de souche y étaient peu nombreux. Ce n’était pas l’Algérie. Alors on y envoie un corps expéditionnaire de bataillons professionnels (il n’y aura jamais d’appelés) pour renforcer les garnisons sur place mises à mal, massacrées avec la population en 1945 par les Japonais qui occupaient le pays. La guerre peut commencer et se finira à Dien Bien Phu en 1954, le pays sera divisé en deux pour finir par être réunifié après une autre guerre américaine cette fois en 1975 avec la chute de Saigon. Album sélectionné pour le prix des Galons de la BD 2026.

« Sale » guerre en Indochine, ce sont les souvenirs (racontés par sa fille Natalie Nie) et Chongrui Nie au dessin d’un journaliste de l’AFP, l’Agence France Presse qui couvre le monde entier, une référence dont les dépêches jamais signées arrivaient par télex dans toutes les rédactions. François de Sorbier journaliste à l’AFP épousera Charlotte Raveau anesthésiste militaire à l’hôpital Grall de Saïgon. Ce n’est qu’à la fin de sa vie que Sorbier parlera de sa guerre. Sa femme dira « sale et si cher pays ». U titre devenu ambigu en parlent cette fois de sale guerre. Pourquoi ? Et c’est là que le recueil des souvenirs rassemblé par sa fille est capital. Elle reprend des 1946 le détail des évènements, les cartes du Tonkin, de l’Annam, de la Cochinchine, du Laos et de Cambodge qui forment la Fédération indochinoise. Charlotte s’engage, arrive à Saïgon, se souvient de sa propre histoire familiale. De Sorbier part aussi pour des raisons financières. Il arrive en 1949.

Des noms qui vont former l’élite de ces journalistes de première ligne, Coutard, Lucien Bodard le magnifique, Graham Greene, Jacques Chancel, Ferrari, Camus et une femme pas citée Brigitte Friang qui sautera avec les paras français en opération. Tous au SPI, le service presse information où l’armée essaye de contrôler comme il peut les infos. Tout l’album est un reportage au plus près de l’actualité, très photographique dans l’illustration. Pour avoir sillonné le Nord Vietnam, la RC4, Dong Khé, Cao Bang, le col des Nuages, Hanoi ou la frontière de Chine sur les traces de cette guerre, je ne qualifierai pas de sale ce pays ni cette guerre. Je peux dire que tous les soldats français qui s’y sont battus ont éprouvé pour l’Indochine une affection indéfectible. Et y serait retourné sans hésiter. J’en ai côtoyé des dizaines. C’est vrai que Brigitte Friang ou Ferrari le photographe avaient une autre vision plus proche de celle de Sorbier. Le récit est prenant, émouvant et authentique. La mise en page fait penser à un Cinq Colonnes à la Une en papier. Enfin une phrase, celle du général Westmorland aux GI’s qui avec les troupes US continuera la guerre contre le Nord jusqu’en 1975 : « ne faites pas l’erreur des Français, ne tombez pas amoureux de ce pays ». Un bouquin qui est une base parfaite à conserver pour comprendre cette guerre morte comme l’ont appelé les photographes qui en ont fait un des meilleurs albums de photoreportages dont c’est le titre. Jean-Laurent TRUC
« Sale » guerre en Indochine, Souvenirs d’un journaliste de l’AFP, 128 pages, Mosquito, 25 €


Merci pour des commentaires sur notre livre. Très touchés. Vous évoquez beaucoup d’autres événements et personnes que pour une question de place accordée par l’éditeur, nous ne pouvions citer.
Ce qui nous fait plaisir c’est qu’à chaque festival nous rencontrons des lecteurs qui sont des descendants des anciens d’Indochine, métis, réfugiés, militaires, colons qui nous racontent leur histoire. Nous sommes des centaines de milliers sur les réseaux sociaux à dire notre besoin de nous reconnecter à ce pays. Mes parents disaient qu’ils avaient aimé les vietnamiens bien plus que leur pays, leur gentillesse et résilience face aux horreurs leur avaient ouvert le cœur.