
Une histoire de générations pas si lointaine, les années 90, dans un patelin paumé de l’Est de la France. On était des anges c’est dès le départ le dessin bluffant de Terkel Risbjerg. Et évidemment ensuite le scénario de Anne-Caroline Pandolfo. On leur devait déjà Copenhague et sa sirène. Une bande de copains qui s’ennuie ferme et rêve sur fond de (bonne) musique, The Cure, Prince ou Culture Club. Cela existait encore à l’époque. Une version pas si loin de La Guerre des boutons.

Un stade pourri à Isheim, des jeunes qui se posent une question fondamentale, comment prononcer fuck. Un garçon, Hervé, est déjà aller aux US, une référence pour les paysans du Bas-Rhin. Chris lui a une tignasse brune de lion électrifié. Vivi aux yeux charbons c’est l’égérie de la bande. Magou la ramène en mob mais Sissy sa soeur fait la tête. Que faite cet été ? Tralala va faire une boum pour son anniversaire. Dans un champ Vivi et Magou croise une fille qui danse en sortant de la rivière. Chez Vivi il y a les pompiers. Sa mère flanque le feu en permanence avec ses clopes. Son père est absent, en fait à la cave écouteurs sur les oreilles à jouer de la guitare. Chez la coiffeuse madame Riss tire au pistolet sur les étourneaux. De quoi voir des renards à Isheim. Et toujours la fille inconnue sur des rollers aussi vendeuse dans l’épicerie. Hervé est rentré chez lui où il y a une panne de courant. Il va chez Tralala et constate qu’elle a des bandages sur les poignets. Punkette Vivi qui ressemble à un poussin cramé. La fille aux rollers qui danse seule, c’est Persille Stefaëlle Guastava Lemony Duroy. Vali c’est Virginie Valentine Victor. Persille n’a qu’une envie, partir. Les deux filles tombent sur une paire de chaussures dorées dans une boutique. Qui les pousse à se barrer vite fait. A Londres pour les concerts. Sauf qu’il y a la famille. Des jeunes caïds aussi autour de la bande, les Santoro, débiles et violents.

Des solitudes qui essayent d’échapper à un environnement morose, tristounet, sans avenir. Un patelin dortoir mais de l’amour aussi. La fugue de Vivi et de Persille, on s’attache à ces personnages très vrais, humains, faibles et forts à la fois. Et après ce premier tome ? On aimerait bien savoir ce qui valeur arriver aux jeunes d’Isheim. Espoir ou désespoir ? Beaucoup d’émotion pudique, de fragilité qui peut tout remettre en question. Un album qui pourrait être presque intemporel et très attachant, intergénérationnel.
On était des anges T1, 152 pages, Dargaud, 22,95 €

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