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Le Château des Animaux, faut pas prendre les bêtes du bon dieu pour des canards sauvages

Après une prépublication en gazette, dont Casterman a fait une habitude très agréable, Le Château des Animaux tome 1 est enfin dans les rayons des libraires. Répéter que c’est un des vrais évènements de cette rentrée fini par être un lieu commun. A craindre presque d’avoir été envoûté par le duo Xavier Dorison, émule de l’enchanteur Merlin, et le jeune Félix Delep, roi Arthur en puissance qui, en quelques traits, a délimité son nouveau royaume. Aller, revenons à cette fable, conte picaresque, animalier, hymne à la liberté pas obligatoirement au bout des fusils. Une dictature dure, pas pure, violente, sanglante, avec des références évidentes que Dorison ne cache pas mais dont l’espoir n’est pas absent. Félix Delep s’y est investi, talent, corps et âme. Le résultat est époustouflant sur tous les plans.

On ne rigole pas au Château des Animaux. Depuis que les humains ont quitté les lieux et abandonné, allez savoir pourquoi, la basse-cour, tout a changé. Le pouvoir était vacant et la nature n’aime pas le vide. Le taureau Silvio a pris les choses du bout des cornes. Avec une milice de clébards dangereux, des croques vite qui ne font pas dans la dentelle si ce n’est sanglante. Silvio veut consolider, reconstruire la ferme, siège de sa nouvelle République dictatoriale. La peur règne sur vaches, poules, cochons, oies et… chat. Car Miss Bengalore est la seule du genre avec sa progéniture. Elle monte les pierres sur les échafaudages. Risqué. La révolte gronde. Faut pas prendre les bêtes du bon dieu pour des canards sauvages. Il y a de la révolte dans l’air. Seul César, le dandy lapin semble être heureux. Mais un rat va venir changer la donne.

Une mère chatte qui défend ses petits, résiste même si elle pense que c’est une erreur, une marguerite comme symbole de liberté, un humain qui trafique, une horreur banalisée, Xavier Dorison joue la carte de la non-violence, de l’ironie en règle face au mépris et à la terreur. Félix Delep le suit avec un dessin vivant, beau mais qui sait aussi montrer le pire. Impossible de rester indifférent. Le lecteur est un témoin acteur. On oscille entre envie de voir Silvio cuire à la broche ou prendre une tarte en plein museau. Au choix. On verra bien mais il va sûrement s’en passer des choses au Château, coup d’état, trahisons, comme chez les humains. Pour notre plus grand plaisir.

Le Château des Animaux, Tome 1, Miss Bengalore, Éditions Casterman, 19,95 €, Édition luxe 28 par 37 cm, ex-libris numéroté, 39 €

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