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Frankenstein, Bess après Dracula sur les traces de Mary Shelley

On se souvient de son Dracula. Et de Amen, inspirée entre autres d’Aguirre. Après Bram Stoker, c’est à Mary Shelley que Georges Bess rend en fait un hommage en signant un Frankenstein impressionnant de qualités. Graphisme, dessin, narration, découpage, chaque planche est un petit chef d’œuvre de conception, d’invention et surtout de fidélité à l’œuvre mythique de Mary Shelley. On dira que Bess a bâti son Frankenstein en lui apportant mine de rien une modernité expressionniste tout à lui, respectueuse et inventive à la fois. Une balade au fin fond d’un univers bouleversant, celui d’un monstre qui n’en est pas vraiment un, de son créateur dépassé, de la différence rejetée. A grands traits d’une beauté angoissante.

Un capitaine de navire qui vogue vers les glaces tient son journal. Il va être le témoin privilégié d’une aventure qui dépasse l’entendement. Il voit dans sa lunette une sorte de géant conduire un traineau sur la banquise. Et plus tard tombe sur un homme affaibli qu’il recueille. Quand le marin lui parle de l’autre homme croisé, c’est à sa poursuite que c’est lancé le docteur Frankenstein. Mais pourquoi et qui est ce mystérieux individu ? Tout a commencé à Ingolstadt pour Victor Frankenstein. Créer la vie est son but suprême, la foudre comme moteur de cette volonté indomptable. La chimie, le laboratoire du professeur Waldman, Sven le fidèle valet, l’origine du principe de vie, les études et les expériences peuvent alors commencer avec des cadavres qui lui permettront peut-être de se prendre pour dieu, coupable.

On connait (presque) par cœur l’histoire de la créature, de son éducation d’autodidacte, de la peur qu’elle suscite car hors normes, défigurée. Son souhait aussi d’avoir une compagne qui lui ressemble ce qu’il demande à son créateur, son droit au bonheur. L’approche qu’il a de notre monde qu’il découvre est aussi fascinante et Bess la décrit sans emphase, dans le vif d’un sujet à la Voltaire, à la Candide, à la Rousseau. Mais le monstre est d’une force colossale. Shelley en a fait un être intelligent, ouvert en fait contrairement au cinéma qui l’a souvent adaptée. On se souvient de Boris Karloff ou du Frankenstein Junior de Mel Brooks. Bess rétablit les choses. Il y a vengeance, haine bien sûr mais que ce serait-il passé si le bon docteur lui avait donné une compagne au lieu de la détruire ? Reste le bouquin qui est une symphonie aux notes percutantes, à la fois dures et douces à la fois.

Mary Shelley Frankenstein, Glénat, 25,50 €

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