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Les Nuits de Saturne, dérive mortelle et sans filet

Un rescapé de l’époque tourmentée des Brigades Rouges ou autre Bande à Baader, celle d’un terrorisme de groupuscules européens qui tuent et enlèvent hommes politiques ou industriels. C’est un peu le cas de Clovis qui sort de prison. Il a écopé de dix ans pour avoir essayé de faire passer la frontière à un grand nom d’un réseau subversif. Son retour à la surface ne fait pas que des heureux mais le bonheur finalement cela peut avoir bien des formes. Les Nuits de Saturne est une adaptation du roman de Marcus Malte, Carnage Constellation par un auteur très inspiré et créateur, Pierre-Henry Gomont prix polar BD SNCF 2015 avec Rouge Karma.

Il est dehors Clovis. Son premier réflexe est d’aller récupérer son flingue et du fric chez celui qui l’avait embarqué dans la galère. Flash-back sur les conditions de l’exfiltration à l’époque d’un certain Mario, un poids-lourd italien de l’activisme politique. Et puis il y a eu entourloupe, trois voitures pour donner le change et une seule avec le type à bord. Sauf qu’un traître a craché le morceau et Clovis a fait partie du tableau de chasse. En recherchant ses anciens copains, il tombe sur Césaria, un jeune homme qui veut être une femme depuis toujours. Malaise chez Clovis qui ressent de l’attirance pour lui mais ne veut pas se l’avouer. Le couple est en chasse et Clovis raconte sa vie à Césaria. Quand ils retrouvent celui qui a tout pour être le coupable de la trahison il est marié et à un fils. La vengeance a parfois des effets boomerang.

Une cavale, noire et sanglante, tendre aussi avec cet amour qui se veut impossible au moins dans un premier temps. Clovis est un paumé qui aurait mérité de s’en sortir mais voila il tombe sur des cinglés, sauf Césaria, et va se faire avoir, comprenant trop tard qu’il a fait une erreur d’appréciation. Un polar que Gomont, aussi bien pour l’écriture adaptée que pour le dessin, maîtrise tout à fait. Angoisse à fortes doses, pastels et têtes brutales, du sang à volonté, pas de pitié pour les canards boiteux. Qui va tirer son épingle de ce jeu mortel qui prend aux tripes ? Gomont devrait adapter du Fajardie.

Les Nuits de Saturne, Sarbacane, 22,50 €

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