Tea for two, Lucile Gomez sera à Sérignan

Amour, passion et pâtisseries, un salon de thé, deux jeunes femmes aussi différentes et opposées que l’eau et le feu, des hommes, amants possibles ou copains, c’est le petit théâtre drôle et tendre de Tea for two.

Tea for two
Tea for two, histoires de deux filles dans un salon de thé

Lucile Gomez qui sera au festival de Sérignan les 18 et 19 mai, en signe la mise en scène, la musique, les décors et les personnages. Deux albums, le premier réédité, forment une chronique au quotidien d’une génération qui rêve de grand amour. Sans avoir souvent le courage d’aller jusqu’au bout pour s’éviter les traumatismes du cœur.

Bretzelle, la jolie blonde délurée, et Baba, la brune romantique un peu ronde et intravertie, ne sont pas des inconnues. « Le tome 1 avait déjà paru sous le titre Vous désirez ? au Lombard. A changer, le titre Tea for two pour un salon de thé s’est imposé ». Lucile Gomez vient du webzine. La première planche de Bretzelle est une commande qui paraît dans Kramix au Lombard, une expérience collective. Bretzelle et Baba sont lancées. Le but avoué de la série c’est une publication dans un hebdo féminin. « Raison de mon travail sur des histoires format planche-gag. Mon modèle ? Gaston Lagaffe. » Un aveu souriant de Lucile. Pas encore d’hebdo mais deux albums. « Je ne suis pas contre non plus une histoire longue. Mais la planche gag permet de savoir de suite qui est qui sans avoir lu ce qui se passe avant ou après ».

Trouver l’âme sœur, pas facile si l’on en croit la vie sentimentale mouvementée de Bretzelle et de Baba. « On est une génération assez individualiste. On nous a rabâché depuis la sixième que si on n’avait pas les meilleures notes on finirait chômeur. Carrière et boulot d’abord. Avec parfois la peur au ventre et une bonne dose d’angoisse. L’amour ensuite mais c’est un besoin évidemment » assure Lucile. Rien de vraiment autobiographique dans les personnages. « D’accord, je suis un peu un mélange de Bretzelle et de Baba. Ce sont des personnages de mon âge. Les répliques, je les ai entendues autour de moi et j’ai picoré pour mes dialogues sur lesquels je travaille beaucoup ». Du vécu. Ce qui donne à Bretzelle, Baba et leurs copains, Darjeeling, Sorgho ou Mescal tout leur relief. « Plus je fréquente mes personnages, plus ils m’apportent des idées. L’angoisse de l’écriture est avant. Pas quand j’ai plongé dans l’histoire ».

Le prince charmant existe-t-il ?

« La perfection. Elles veulent séduire mes filles et flirtent avec l’amour idéal. Elles sont en recherche perpétuelle et jamais satisfaites. Le prince charmant existe-t-il ? Et pour la vie ? ». Difficile de répondre. Bretzelle et Baba pourtant persistent et signent avec états d’âme à la clé. Baba surtout, une fragile qui campe sur ses positions et attend l’arme au pied que le gentil Sorgho, pâtissier roi de la patte à choux, se déclare. Pas pressé le Sorgho aussi coincé que Baba. Bretzelle va-t-elle assumer sa bisexualité ? Une bonne question traitée par Lucile avec tendresse et réalisme. On ne tombe pas dans le larmoyant avec Bretzelle qui assure. Enfin presque.

Une pièce de théâtre Tea for two. Un huis-clos souvent dans le salon de thé avec portes qui s’ouvrent ou qui claquent, personnages secondaires, Monsieur Quignon, le poète, et Madame Rancie, vieille fille, clients qui relancent l’action. Dans le tome 2 arrive Mescal, un beau ténébreux mexicain. « Alors lui il existe vraiment, tel quel. C’est vrai que je pense souvent au théâtre. Tout aurait pu se passer en un seul décor ». Lucile a une autre idée : « Le sujet se prêterait bien à une mini-série télé ». Mais Lucile est dessinatrice avant tout. Son trait a évolué entre les deux tomes. « Je me sens plus à l’aise en dessin. Je progresse ». Vrai car Bretzelle, Baba et la bande de Tea for two ont besoin d’avoir de la gueule pour accrocher le regard, supporter l’action très concentrée et colorée au fil des cases.

Lucile, depuis la côte basque où elle réside, revendique son statut d’auteur complet. « Je ne veux pas que l’on ne parle de moi que parce que je suis une femme qui fait de la BD. On ne fait jamais cette réflexion à un homme. Je ne suis pas non plus vraiment une blogueuse, ni une accro du jeu vidéo ». Elle rit souvent Lucile. Avec sa part de fragilité comme ses personnages attachants, complexes, qui subissent le diktat du format féminin idéal. Jeune, jolie dans une société anxiogène. Alors Bretzelle ou Baba, laquelle vous séduira ? Tea for two and Two for You, les deux peut-être.

Tea for two, Tome 1, Les Filles faciles sont compliquées, Le Lombard, 12 €
Tea for two, Tome 2, Les Hommes légers sont parfois lourds, Le Lombard, 12 €

Lucile Gomez
Lucile Gomez