Quand on voir le nom de Manu Larcenet sur une couverture difficile de ne pas avoir un coup au coeur tant il a marqué (et continue) par les multiples facettes de son talent la belle histoire du 9e art. On avait publié dans Midi Libre Le Retour à la terre au début des années 2000, toujours suivi, rencontré souvent un auteur à la grande sensibilité, émouvant et fragile. A chaque fois c’était un bonheur. Avec L’Insensé une fois de plus il nous touche avec un personnage dont le dessin est bourré d’émotion et de tendresse. L’histoire d’un homme qui pourrait bien nous ressembler et en cela Manu Larcenet (Palmer dans le rouge) est très fort, intuitif. L’Insensé est une vrai prouesse scénaristique et artistique, un panaché incroyablement beau. Du Larcenet authentique au plus haut de sa forme.
Un vieil homme seul, Francis Barbot dans sa petite maison au milieu de nulle part, qui dessine un gros nounours, Bradley qui s’en va. Dans son jardin le soir il fume sa pipe, prend en temps et heure ses médicaments dans son pilulier. Se demande ce que c’est ce poteau en béton qu’on installe devant ses fenêtres. Un lampadaire qui l’oblige à aller sur son tricycle à la mairie demander des explication. Il fera trop de lumière. Fan du pâté en boîte, plus simple à gérer, Francis accablé par la chaleur fait un malaise et se retrouve à l’hôpital. Son ami Yannick le ramène chez lui. Mais le diagnostic médical est sévère alors que cela fait des années qu’il a coupé les ponts avec sa famille. Francis lui assure qu’il est encore temps de se comporter en père décent. Il est ami avec un jeune garçon, Gabriel auquel il offre des dessins. Tous les mercredis il veut un chat. L’enfant est trisomique et très proche de Francis qui commence un lettre à ses enfants, leur parle de ses nuits où il aime être et même souhaiterait cesser d’être. Il sait qu’il n’a aucun talent pour les relations humaines hormis avec Yannick travailleur social rencontré à l’asile psychiatrique. C’est lui qui commercialise ses dessins. Francis doit passer un IRM. Francis a toujours rêvé d’une vie simple, la confondre avec les vacances ce qui énervait les adultes. Enfant il a été marqué par un grave incident.
La lettre qu’il écrit est le fil conducteur des images, des moments que Francis vit, l’amitié inconditionnelle de Yannick. Clin d’oeil à Bip-Bip et au Coyote de Chuck Jones rencontré à Los Angeles en 1981. Larcenet a dessiné une maison jaune à l’incroyable fresque, de la chambre d’Yvette un héros qui lui ressemble dans son incapacité à s’adapter à la société. Mais quelle puissance, honnêteté dans l’oeuvre. Larcenet est unique, sans complaisance et à la fragilité assumée. On ne peut être que submergé par ses sentiments qu’il glisse dans ses images. Un très grand moment unique même cet Insensé bourré de sens et d’humanité.
L’Insensé, 176 pages, Dargaud, 27 €
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