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Rwama T2, l’Algérie au fond du gouffre

Dans le premier tome de Rwama Mon enfance en Algérie de Salim Zerrouki, on découvrait l’histoire d’un immeuble en forme d’arc de cercle, un vrai bijou en avance sur son temps. L’immeuble sera surnommé Rwama, les Français. On avait aimé en redoutant que la suite soit la réalité d’une tuerie fratricide. Dans mon adolescence en Algérie, Zerrouki couvre les années du pire, de 1992 à 2000. Il grandit devient un jeune homme pris au piège de modèles qui en Algérie sont occultés par le terrorisme, l’islamisme, les massacres banalisés.

En 1992 c’est la fin du processus électoral. Salim vit à Alger sans ses parents partis en Espagne. La plage, les oursins mais l’assassinat de Boudiaf président du haut comité d’état, considéré comme le président de l’Algérie par un militaire. Acte isolé ou complot de l’armée ? La guerre civile peut commencer. Le FIS est dissous (Front islamique du salut), pas des tendres qui prennent le maquis et massacrent. La cité de Salim prend le nom de Boudiaf et se paupérise peu à peu. Lui il grandit, se refait une coupe de cheveux et entre au lycée. Il s’éloigne de la cité. Ses parents le pistent et il perd ses amis. Il reste un privilégié du régime, un tchitchi. La délinquance augmente et la violence, les meurtres aussi. Le GIA tue des Français, on égorge, une habitude. Enlèvements, décapitations, faux barrages, la mort rode avec des terroristes déguisés en militaires. Salim se fait des copains au lycée mais il y a des gangs de jeunes. Salim découvre aussi la sexualité, les premiers amours et adore la BD, dessine à tour de bras.

La jeunesse de Salim c’est l’Histoire de l’Algérie dans le sang. Le GIA et les forces de sécurité rivalisent dans la cruauté. On redécouvre ce qu’a été cette époque, la peur dans le bled, les populations qui se rapprochent des grandes villes. En 1995 le général Zéroual est élu grâce à un scrutin truqué. 1997 on découvre les massacres de masse, des chiffres invraisemblables de villages entiers. L’armée depuis 1962 n’a jamais cessé de régner en maître, avec le FLN depuis l’Indépendance. Le drame algérien est, Boumédiène, Bouteflika, le pardon aux tueurs absouts de tous les bords, pourtant la guerre ira jusqu’en 2004. 150 000 à 200 000 morts, près de 20 000 disparus, Salim partira à Tunis puis s’installe en France. La plupart de ses amis sont partis aussi d’Algérie. Et maintenant quel avenir pour une Algérie esseulée, crainte au Magreb par la Tunisie et le Maroc qui redoutent une contamination ? Les risques aujourd’hui en Algérie sont tout aussi forts et basés sur une instabilité politique régionale chronique, une démocratie aux oubliettes. Sans oublier une tension accrue avec la France. Un récit très sincère et touchant, émouvant.

Rwama T2, Dargaud, 23,95 €

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