
On a connu Pascal Rabaté à Montpellier (à l’ancienne Galerie Glénat devenu Planètes Interdites) avec Ibicus en 1998 finalement bien après ses premiers albums dès 1990. C’est aujourd’hui que je vous aime avec Morel, La Déconfiture, et d’autres ont porté la belle carrière de Rabaté. L’Enfance des ruines en est la dernière pépite. Berlin début des années 30, la République de Weimar périclite et le nazisme montre les bouts de sa croix gammée. On danse mais bientôt on mourra et les chemises brunes chasseront les Juifs, les communistes, les opposants et au final tous les peuples d’Europe pour une fin en forme d’apocalypse.

Un cabaret, du jazz bientôt interdit, un couple fait la fête, liberté sexuelle assumée mais lui ce n’est pas son truc. Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire et ne retiens que le positif. Il sauve la vie de Rudy Ganz en lui évitant de se faire écraser. Rendez-vous à l’Arbeiter Bar. Kuntz monte une campagne pour des cigarettes. Des anciens combattants mutilés de 14 font la manche. Sa concierge lui propose du cochon. On est encore proche de la crise de 29. Son voisin le professeur Hans vient lui emprunter du sucre. Un ancien prof de philo qu’on aimerait voir partir. Il écrit un roman et demande de la nourriture à Kuntz. C’est au tour de sa voisine, Ada, de venir lui demander du sucre, elle est danseuse nue dans un cabaret. Il lui demande si il peut passer la voir sur scène. Mais il s’endort. Ada lui a quand même laissé un message. Dans la rue les SA pavoisent. Sa sœur peint et fait le portrait de son amant, un trompettiste noir Lincoln qui peut vivre sans ségrégation en Allemagne mais pourtant rentre aux USA. Traversée de Berlin en train, la campagne, déjeuner du trio sur l’herbe. Avec sa soeur ils vont voir le spectacle d’Ada. Ils entament une liaison.

La lutte politique, la fin du parti démocratique, l’Allemagne va basculer, la revanche doit faire oublier 1918. Folker participe à un meeting nazi dans une brasserie. Et se saoule. Les boutiques juives sont dévastées. La rue appartient à ce qui voudrait être la nouvelle Allemagne. Rabaté a su récréer l’ambiance de Berlin ambigüe, cruelle dans une ville chargée d’Histoire et qui fait la fête pour mieux finir en 1945 dans les ruines. Quand on connait bien Berlin, ville bouleversante, la qualité du dessin (le jeu des applats), les décors, le scénario tout est y est. Rabaté est vraiment doué. Et très bon titre.
L’Enfance des ruines, 176 pages, Rue de Sèvres, 27 €

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