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Latah, Vietnam maléfique

Thomas Legrain est un brillant dessinateur que l’on suit depuis ses débuts. On pense à Sisco, L’Agence, Bagdad Inc et The Regiment. Cette fois (il nous avait dit avoir envie d’un one-shot mais pas de le scénariser) il fait cavalier seul dans la jungle vietnamienne en pleine guerre, où les GI’s empêtrés dans un conflit auquel ils ne comprennent rien se battent contre un ennemi insaisissable les Vietcongs et un autre invisible dont ils ont violé le territoire. Avec Latah, Legrain revisite la Section Anderson de Schoendoerffer et y ajoute une part de fantastique à la War Land. Si on ne peut que constater le très beau travail de Legrain, détails, décors, personnages et leur psychologie, on reste un brin dubitatif sur ce démon baladeur qui cherche une nouvelle enveloppe humaine pour faire régner sa loi sur son territoire, protéger son peuple. On accroche pourtant mais plus aux portraits et destins des « boys » qui ont dérapé à la My Lai plutôt qu’à ce démon digne de Predator. Bon idée par contre du correspondant de guerre vietnamien qui va être le trait d’union et le décrypteur de l’histoire.

1952 au Vietnam, on confie dans un village une statuette à un homme. Quinze ans plus tard, une section US arpente la jungle et marque les cibles au sol pour les Skyraiders qui lâchent du napalm. Le sergent et ses hommes progressent. Repérages d’un terrain hostile dans la jungle, des tensions règnent parmi les soldats racisme en prime. Bivouac, le sergent se rapproche de Neil et lui demande de surveiller Darnell. Neil a trouvé au pied d’un arbre une curieuse statuette. Neil fait des cauchemars et s’interroge sur cette guerre où ils tuent des paysans innocents. Un hélico se pose et un correspondant de guerre les rejoint. Il a obtenu l’autorisation de les accompagner. Au fond d’une rivière ils trouvent la carcasse d’un Corsair qui date de la période française. Le journaliste découvre la statuette accrochée au sac de Neil et prononce un nom, Latah. C’est le mal qui frappe des gens qui ont souffert, subit un choc et deviennent incontrôlables, changent même physiquement.

On comprend vite que tout va déraper dès que le mot Latah est prononcé. Encore que Thomas Legrain entretienne le suspense car il y a à priori les Viets en face. Bonne progression scénaristique, combats, cadavres, marche dans la jungle et enfin une évidence qui flirte avec le gore. On va savoir la vérité et c’est là où il y a un peu de mou dans le déroulé car on s’attend à la suite. Même si il y a plusieurs genres qui se mélangent ajoutés au tableau. Guerre, fantastique, massacres, manipulations, finalement est-ce que l’épopée de la section sans Latah ou traité différemment, plus classique, ne se serait pas suffit à elle-même ? Dessin très efficace.

Latah, Le Lombard Signé, 23,50 €

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