28 janvier 1986, une salle de rédaction dans un grand quotidien régional français, les écrans TV sont allumés, pas d’ordinateurs ou de smartphone. La navette Challenger va décoller, banal mais toujours spectaculaire. Compte à rebours, décollage parfait mais peu à peu en quelques poignées de seconde la tragédie a lieu, Challenger explose en vol, se désintègre dans un nuage aux formes déchiquetées devant les familles de l’équipage qui assiste au lancement. On s’est tous regardé, incrédule et persuadé que non, c’était impossible, que le cockpit de la navette avec ses sept astronautes dont Christa McAuliffe première civile envoyée dans l’espace avec Greg Jarvis allait être éjecté. Erreur. Les sept astronautes s’écrasent en mer dans le module de la navette et meurent. Le Visage du créateur raconte ce drame qui se reproduira le 1 er février 2003 au retour sur Terre. Un titre extrait du discours de Ronald Reagan en hommage aux astronautes : » Nous ne les oublierons jamais, ni la dernière fois que nous les avons vus, ce matin, quand ils préparèrent leur voyage et dirent au revoir et rompirent les liens difficiles avec la Terre pour toucher le visage du Créateur » . Laurent-Frédéric Bolllé a écrit une oeuvre avec une vraie empathie appuyée par une reconstitution minutieuse des faits, la mise en perspective des personnages et le rappel des causes, la bêtise criminelle de spécialistes qui n’ont pas voulu croire aux risques qu’ils avaient décelés liés à la baisse subite de la température en Floride. Une succession d’erreurs fatales qui remettra en cause en fait pendant un certain temps l’utilisation de la la navette. Christiano Spadoni a dessiné avec talent et puissance évocatrice tous les stades de cette tragédie.
Un travail remarquable que cet album qui rend évidemment un hommage vibrant à l’équipage, décortique les raisons du crash avec ces fameux joints qui ne pouvaient résister à une température de -4°. On le savait, cela a été dit et on est passé outre, alors que la sécurité était à priori une obsession de la NASA. On a un vrai zoom sur la vie des sept cosmonautes. Jean-Michel Jarre apparait car proche de McNair le musicien. Le dessin est important dans cette aventure cruelle. Enfin un souvenir été 1979, avoir vu à Kennedy Space Center la navette acheminée à 2kms à l’heure sur un énorme traineau sur rail vers le pas de tir. Un remarquable ouvrage reportage, humain et émouvant.
Le Visage du créateur, 264 pages, Rue de Sèvres, 25
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