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Liber Pater, une belle cuvée à l’histoire insolite qui dépasse les sommets

Comme quoi on peut découvrir, apprendre grâce à la BD et à tout âge. Avec Liber Pater, le vin aurait-il retrouvé ses lettres de noblesse ? Ce vin dont on nous parle beaucoup pour ne pas dire rabat les oreilles en le dotant aujourd’hui de toutes les vertus, avec des vignerons qui disent faire dans l’excellence mais finalement en appliquant des recettes de vinification, de production parfois éculées si ce n’est très nettes. Eric Corbeyran et Horne au dessin (Lennon) se sont penchés sur la saga d’un œnologue éclairé qui déjà collectionnait les vins quand il était jeune et s’est mis dans la tête de faire du vin comme avant 1855, en Bordelais. Autant dire que Loïc Pasquet, c’est lui le trublion, allait mettre un coup de pied dans une sacrée fourmilière. Cette biographie sous forme de roman graphique, sur aplat lie de vin, bien sûr, est une belle cuvée qu’il faut absolument lire, dans le détail, si on veut parler convenablement de cet irremplaçable nectar que nous donnent les vignes et dont Pasquet est devenu l’emblème.

Retrouver le goût originel, celui du vin avant la crise du phylloxéra, un vin de terroir, de territoire, un vin authentique loin des modes, des prétentions déplacées, des investisseurs sans âme. Faire un vin authentique. C’est le destin de Loïc Pasquet, enfant heureux, pas caractériel, qui passe ses vacances en liberté, aime le goût de ces produits sains qui de nos jours ont perdu leurs valeurs. Une bonne cuisine et un jeune Loïc qui adolescent se lance dans une collection de vin alors qu’il n’y a pas internet ou autre réseau social imbécile. Il conserve sans savoir qu’il ferait un jour du vin, alors que l’ère industrielle a déjà ravagé les vignobles. Au début des années 90, il étudie et sillonne les vignobles. En Bourgogne il a le déclic, la vigne le transcende. Pas de vin de lieu à Bordeaux contrairement à Pomard, Meursault. Que du vin de masse, uniformisé, alors qu’autrefois Bordeaux, au XIXe siècle, avait une réputation encore mieux établi. Pasquet décide que sa mission va être de tenter de retrouver le vrai goût des vins de Bordeaux.

A partir de là, c’est à une leçon démonstration qu’on assiste au fil des pages. Histoire, coupe et taille, greffes qui font augmenter les volumes, mulet à la place des machines, des rencontres avec des vignerons authentiques mais aussi jalousie, diktat des appellations, il sera sur tous les fronts Loïc Pasquet avec courage et détermination. Un vigneron n’est pas un viticulteur, la différence c’est qu’on ne peut pas décider de viticulture dans des collèges lointains et décalés. Un pavé dans la mare, au moins en BD, car le sort des cuvées Liber Pater, nom du dieu Bacchus donné par Loïc Pasquet à ses vins, est du domaine du succès haut de gamme. Une bouteille se vend plus cher que du Petrus. Son 2007 est considéré comme le meilleur du marché. Première victoire. Pas d’engrais, de désherbants, tri manuel du raisin mis en amphore, une offre rare et limitée, Loïc Pasquet sera accusé injustement de tricher, condamné et finalement acquitté. Son vin, son Liber Pater Graves est le plus cher des Bordeaux, il a atteint plusieurs milliers d’euros la bouteille. Et oui mais la lutte n’est pas finie. Un album indispensable qui se lit d’une traite pour mieux comprendre enjeux et objectifs pour un vin retrouvé. Très belle mise en perspective par Horne au dessin. A noter que le Liber Pater est désormais le vin le plus cher au monde.

Liber Pater, Le goût du vin retrouvé, Glénat, 25,50 €

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