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La Trilogie Berlinoise T2, La Pâle figure, Bernie Gunther et Kerr de retour

On aura attendu trois ans avant de voir sortir en adaptation BD le second épisode de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. Dire que c’est un plaisir pour un inconditionnel de Philip Kerr est faible. Grand maître du polar historique Philippe Kerr a été à la fin des années 90 puis 2000 dans la ligne de ce qu’a été Robert Ludlum (qui a inspiré XIII à Vance) aux années 80, on l’a déjà dit. Dans La Pâle figure Bernie Gunther est un privé ancien flic de la police criminelle de Berlin. Mais en 1938 à Berlin et en Allemagne Hitler règne en maître avec à ses ordres le duo maléfique Himmler et Heydrich patrons de la SS qui a absorbé aussi la police d’état surveillé par la Gestapo en prime. Et Bernie va être pris entre tous les feux, obligé de reprendre du service officiel pour résoudre une série de meurtres de jeunes berlinoises. Et faire s’agiter une couvée de scorpions de noir vêtu à tête de mort.

Il y a encore de quoi faire. JLT DR

La force de Kerr comme de ses émules qui prendront aussi l’Allemagne nazie comme décors de leurs polars, romans, est le soucis du détail, un travail remarquable de documentation et bien sûr de faire jouer leurs propres rôles aux personnages historiques. On y parle de camps de concentrations, d’éliminations, de chasse aux Juifs et de Nuit de Cristral qui est d’ailleurs l’un des pivots de l’intrigue de la Pâle figure. L’adaptation que l’ont doit à Pierre Boisserie est d’une fidélité rare, remarquablement écrite et pour cause. On lit vraiment Kerr dans les bulles et autant dire que cette Pâle figure ne se laisse pas dévorer en quelques instants. On le répète un vrai plaisir complètement soutenu par François Warzala au dessin, à la ligne claire si singulière, si parfaite qu’enfin Bernie Gunther a le visage et les décors qu’il méritait, un choix parfait qui s’affirme encore plus dans ce tome 2. On n’oublie pas non plus Marie Galopin et ses couleurs qui apportent une atmosphère tout à fait prenante d’un Berlin fascinant.

Bogart en 1940 dans son rôle de Marlowe. DR

26 août 1938 à Berlin, le Reichstag est en ruines après avoir été incendié. Gunther y a rendez-vous au sujet d’une affaire ancienne sur laquelle il a travaillé. C’est le chef de la police criminelle qui lui a demandé de venir, Nebe. Il doute désormais du nazisme après que Goering ait fait mettre le feu au Reichstag. Il veut agir de l’intérieur pour un jour chasser Hitler mais pour l’heure il fait le dos rond. Et aimerait que Gunther réintègre la Kripo comme le souhaite Heydrich. Et lui dire non pourrait être très dangereux. Gunther y réfléchira, pas le choix. Nebe lui donne aussi quelques informations sur la journaliste dont il a été proche et qui a disparu. Ce serait une droguée. Trois jours plus tard il est reçu chez la très riche Frau Lange qui vaut le prendre comme détective privé. Elle gère une très grosse maison d’édition et est une berlinoise jusqu’au bout des ongles. On la fait chanter et elle a trouvé sa carte par hasard. Ce qui étonne Bernie. Des lettres intimes envoyées par son fils Reinhard homosexuel au docteur Kindermann qui le soignait et est devenu son amant. Sous le IIIe Reich l’homosexualité c’est un voyage sans retour vers Dachau. Frau Lange a payé mais se fait balader par le maître-chanteur. Son fils gère un magazine sur l’astrologie. Pour son enquête Gunther se fait hospitaliser dans la clinique de Kindermann.

Avec Kerr on ne brûle jamais les étapes. On avance certes mais il dicte son choix des pièces pour un puzzle dont on ne peut en rien découvrir à l’avance les rebondissements. Bien sûr il y aura un meurtrier, des cadavres, Himmler en colère que doublerait bien Heydrich qui se verrait calife à sa place. Kerr est un manipulateur génial à l’écriture sans pareille, du Doyle moderne. Voix off de Gunther qui a un petit côté visuel à la Bogart si on regarde bien, imper en prime. Ce tome 2 est parfaitement ficelé, un vrai bouquin travaillé et au suspense imparable même si on a lu le roman. Le recommander est une évidence surtout à ceux qui ainsi pourront découvrir Kerr, et lire aussi le tome 1 en BD.

La Trilogie Berlinoise T2, La Pâle figure, 140 pages, Editions les Arènes, 23 €

 

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