Jukebox Motel, I walk the line

Avant tout, comme on va parler de Johnny Cash, artiste culte et mythique, on peut rappeler le livret que lui ont consacré Rodolphe et Max Cabanes avec à l’intérieur un CD de ses plus grands titres. Retour à Jukebox Motel, un diptyque adapté du roman de Tom Graffin qui comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même s’en est chargé. Au dessin et couleurs Marie Duvoisin, un trait sensible, réaliste mais sans trop de débords, bien cadré. Une étrange histoire d’identité où on retrouve comme musique de fond Johnny Cash avec cette country music qui sait si bien scander les longs périples à travers les States. Wharol aussi et le marché de l’art qui ressemble beaucoup à une prison dorée.

Jukebox Motel

Thomas Shaper a eu une enfance heureuse au Québec sous le signe de la fraise. Son père aurait bien aimé qu’il reprenne la ferme qui fait pousser Gariguettes et Mara des bois. Mais Tom c’est le dessin qui le branche et il part de chez lui. A New York, la vie est belle mais pas si simple. Ses œuvres sont moches et n’ont pas de succès. Mais son cœur fait boum quand il rencontre Joan qui écrit des chansons. Tom dans un moment de détresse, casse tout dans son atelier. Quand il a dégrisé il s’aperçoit qu’il a peint une toile d’exception. Il la montre à Andy Warhol qui est sidéré. Le lendemain un géant, Big Man, qui semble être un agent artistique le baptise Fury et lui tend une valise pleine de dollars. Mais Tom doit peindre dix toiles aussi fortes que la première et les livrer dans un mois. Tom a peur et décide de partir.

On va parler d’indamour, ce sentiment sans contraintes que Joan et Tom ont inventé et décidé de vivre. On part aussi sur un road trip qui est pour Tom une fuite, sa rencontre à Los Angeles avec Johnny Cash qui se cherche et voudrait trouver l’endroit magique pour se ressourcer. Le tout va se matérialiser dans une grange paumée que Tom achète, transforme alors que sa propre vie part en vrille. Jukebox Motel c’est aussi la part diabolique du marché de l’art et de la vie tout court. Il y a accumulations dans le récit de Tom Graffin, sentimentales, psychologiques, musicales, artistiques, dramatiques. Et puis il y aura aussi le rebondissement qui embarque vers un tome 2 qu’on va attendre avec impatience à moins qu’on se décide, avant, à lire le roman. On pense un peu à Joël Dicker. Dessin efficace et dans le bon ton.

Jukebox Motel, La mauvaise fortune de Thomas Shaper, Grand Angle, 14,90 €