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Albert Londres doit disparaître, témoin gênant

Albert Londres est le journaliste mythique par excellence. Du bagne de Cayenne à la Chine, Albert au pays des Soviets, il a couvert tous les grands évènements d’avant-guerre, a publié des articles à sensation, devenant un nom référence pour tout journaliste en devenir. Et puis il y a sa mort, dans un naufrage dans le Golfe d’Aden en 1932. Accident, attentat, crime, Londres prenait position, ne faisait pas que relater, mettait en scène, a inventé le journalisme moderne et gênait pas mal de monde. Albert Londres doit disparaître propose une hypothèse dans le contexte miné du conflit en Chine et Japon qui commence en 32 sa conquête de l’Asie. On va parler d’un meurtre lié au bolchevisme chinois, du jeu trouble de la France, de témoins qui disparaissent. En fait l’album de Frédéric Kinder et Borris au dessin surfe sur ces possibilités connues mais qui, tout en faisant un excellent Lotus Bleu revisité n’ont pas été étayées. Londres est mort noyé. Ça c’est la certitude et l’album tient bien le cap tout en refaisant vivre le pape du grand reportage qui a donné son nom à un prix.

Depuis ses débuts Albert Londres couvre des reportages d’exception, réinvente l’écriture journalistique. Chine, Russie, Cayenne, le Tour de France, Bonnot, les asiles, il décide en 1931 de repartir en Chine. Ce qui inquiète certains milieux dont le patron du journal L’Édition du Soir qui va mal. Il décide de faire suivre Londres par un confrère, Ravanin, contraint et forcé. Mais c’est les renseignements de l’armée qui sont derrière car Londres est un anti-militariste et il y a anguille sous roche chez les troufions. Londres embarque à Marseille pour la Chine. Il reçoit un télégramme d’un vieil ami, Pou, retrouve ses amis Suzanne et Alfred sur le bateau. La guerre entre Chine et Japon fait rage et Londres pense que ce sera son dernier voyage mais ce n’est pas pour ce conflit qu’il part. Alors pourquoi ?

IL fallait bien une intrigue qui tienne la route avec un retour précis sur la réalité de l’expansionnisme nippon. Mandchourie, Shanghai envahie et Londres y est. La suite on se doute qu’elle est avant tout politique, familiale même, la pègre, le tout dans la concession où se croisent espions et agents gouvernementaux, la bêtise et le cynisme occidental qui va en prendre un sacré coup très vite. Londres enquête, le dessin est assez volontairement daté. Londres écrit et ses textes sont dans les cases. Lotus Bleu on vous dit avec références et invités surprise. Une belle élégance graphique qui enlève l’action, la suite on sait au moins la fin mais pas la cause. Inédite et plausible. Un cahier documentaire conclue cet album bien tourné.

Albert Londres doit disparaître, Glénat, 17,50 €

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