Les Mains de Ginette, jeux de vilains

La Crabe, un méchant surnom pour une vieille dame dont les mains ont été grièvement blessées, déchirées. Mais pourquoi Ginette, c’est son vrai prénom, a-t-elle eu un aussi horrible accident qui allait marquer à jamais sa vie ? Jeux de mains, jeux de vilains ? Presque si l’en croit Olivier Ka (Pourquoi j’ai tué Pierre) qui raconte une histoire en forme de conte moderne sous les crayons et les couleurs de Marion Duclos (Ernesto). Car les mains sont les reines de cette fête tragique, de ce drame en forme de désamour dans lequel un couple va vivre un enfer inattendu qui donne à cet album une saveur ambiguë mais particulièrement savoureuse, voire poétique teintée de noir.

Les Mains de Ginette

La Crabe n’a pas toujours été cette handicapée meurtrie aux mains torturées. Autrefois rue du Moulin à sel, il y avait une merveilleuse boutique, la bazar Gavoche où le gant de ménage était roi. Marcelin vouait aux mains des femmes un véritable culte. Et elles lui rendaient bien les femmes. Un beau jour une cliente est entrée pour cause d’évier bouché. Et ce fut le coup de foudre immédiat de Marcellin pour les mains en danger de la belle au nez pointu. Ginette et ses mains admirables était entrées pour toujours dans la vie du boutiquier. Amour, union, mariage, bisous, Ginette et Marcellin allait former un très beau couple. Marcellin continuait à cajoler les mains de ses clientes mais ne pensait qu’à celles de Ginette qui, elle, commençait à faire une fixation sur celles des autres femmes qui se pressaient chez Gavoche.

Les Mains de Ginette

On se doute bien que la Ginette allait monter en puissance mais voilà, la suite c’est une autre histoire. La Tourterelle à son canari voyait des renards en formes de mains qui virevoltaient sur le corps de son époux. Sacrée Ginette. Elle va y aller sans prendre de gants la femme du droguiste. Dire qu’on a dégusté avec un vrai plaisir ces histoires de mains est faible. Le ton en est singulier, finement déclamé et dessiné. Tout est pourtant dramatique pour la Crabe qui n’avait pas compris que les mains sont les outils du cœur. Un petit bijou cet album à découvrir absolument.

Les Mains de Ginette, Delcourt Mirages, 16,50 €

Les Mains de Ginette