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Jules Matrat T3, la promesse au copain

 

Serge Fino a adapté en BD Jules Matrat d’après le roman de Charles Exbrayat. Dans le premier tome c’était le départ de Matrat arraché à sa terre de Haute-Loire, la guerre de ces Poilus dans les tranchées avec des offensives où le prix en hommes était énorme et passé sous silence. Dans ce volume 2 de la trilogie il y a le bon copain, Louis, l’ami de misère, les fiancées au pays et puis le drame, la souffrance qui peut mener à la folie. Dans le tome 3, la fin de la trilogie, on va parler en 1919 de retour à une vie normale où presque qui demande de tenir ses promesses.

Quatre ans de tranchée où est mort son ami Louis Agnin, Matrat ne cesse de penser qu’il est injustement un survivant. Pourquoi lui et pas les autres. Il a perdu son fils, sa femme Rose est malade. Matrat reproche à l’arrière d’avoir vécu grâce à ceux du front. Même à son propre père qui lui montre qu’il a fallu prendre la place des hommes, moissonner. Matrat va parler à Rose et il s’en veut d’avoir perdu Louis. Alors Rose lui propose d’aller en visiter dans la famille de son copain. Comme lui aurait fait, des promesses de souffrancesMatrat part et son père l’accompagne un peu. Il l’attendra comme pendant la guerre. Le train, Saint-Michel-de-Maurienne, la grimpée vers Valanche le village de Louis, quelques maisons et il demande où habite les Agnin. Il tombe sur la mère de Louis qui lui dit qu’elle le connait car son fils dans ses lettres ne parlait que de lui. Elle lui dit son chagrin après l’espoir qu’il rentre vivant. Elle veut savoir comment il est mort. Il n’a pas souffert lui promet Matrat. Il n’a pas eu le temps et ils pleurent tous les deux. Il faut qu’il aille voir Gladys la femme de Louis dont il parlait sans cesse.

Une vraie émotion dans le texte d’Exbrayat et son adaptation par Fino, le dessin juste et sensible, dur et vrai. On peut difficilement imaginer ce qu’ont vécu ces hommes, quatre ans d’horreur pour ceux qui sont rentrés et que la camaraderie a sauvé, pas le destin de la France, non les copains sur qui on peu compter. Ils étaient hors la vie comme dit Matrat, au bord du suicide, racontant en pleurant à leur petit-fils le premier « boche » tué. Parfois quand ils sont revenus leurs femmes en avaient pris un autre. Monuments aux morts, un par commune et la Der des ders qu’on va essayer d’oublier. Sauf que le passé rattrapera le présent 20 ans plus tard et que ce seront les oflags allemands qui emprisonneront cinq ans les fils des Poilus. Une très bonne série sans emphase, lucide et cruelle.

Jules Matrat T3, 64 pages, Glénat, 16 €

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