Undertaker est la la série western la plus originale et la plus aboutie de ces dix dernières années. Huit album avec Ralph Meyer qui excelle, dessinateur de haut vol au trait digne des plus grands mais toutefois bien à lui. Dorison a bâti des scénarios dans lesquels le croque-mort Joan Crow alias Lance Strikland est un gentil qu’il ne faut pas agacer. Avec Dorison, Meyer avait déjà signé un XIII Mysytery et la série Asgard. Rncontré à Quai des Bulles 2025 à Saint-Malo il est revenu en toute liberté et gentillesse avec ligneclaire.info sur sa carrière et son héros à haut de forme. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Ralph Meyer, Undertaker est une série grand public avec un personnage croque-mort à la Lucky Luke. Vous avez été influencée ?
J’avais envie de faire un western depuis longtemps. Du fait de ma filiation graphique évidente avec Jean Giraud il était difficile de faire un western après lui. Ça m’a bloqué. A 40 ans je commençais à avoir de l’expérience et je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Et puis on verrait bien.
On était en 2015 pour le premier Undertaker. C’est un projet qui est arrivé par Dorison ?
Oui, j’ai fait les premiers dessins en 2013. On avait commencé avec Xavier à travailler ensemble, XIII Mystery, Asgard. Donc c’était évident de travailler à nouveau ensemble. Je lui ai proposé un croque-mort comme personnage principal. Sur le plan iconique il est génial, très identifiable. C’est un logo. De l’humour un peu décalé. L’ajout du vautour c’est Xavier par contre à la Morris et Goscinny. Le tout était assez fun à imaginer. Xavier a beaucoup transpiré pour écrire le tout.
Comment travaillez-vous ? Vous bâtissez le scénario ensemble ? Xavier seul ?
En fait on travaille à trois avec Caroline Delabie la coloriste. On réfléchit ensemble à ce que l’on veut faire. Ou pas quand on débriefe un projet de diptyque. Souvent Xavier sort une première thématique qu’il nous propose. El là il commence à travailler seul. Ensuite on se parle et quand on est callé il fait un séquencier de toute l’histoire. Arrive le moment où il nous lit la première version du scénario.
Une lecture et il le mime ?
Oui, il change même de voix.
Votre dernier diptyque avec le tome 8, Le Monde selon Oz est une histoire de drôles de dames. On est loin du magicien.
Il y a dans le titre et le nom de la Sister Oz de l’humour à la Xavier.

Cette Sister fait penser à une actrice dans le film Johnny Guitar, (après recherches) Mercedes McCambridge ?
C’est en effet un film référence pour Xavier. Mais il y a une autre série qui m’a inspiré ce personnage asexué, fausse gentille avec sa robe noire. On aime fonctionner comme ça.
Eleaneor enceinte, la belle Rose Prairie qu’aime Undertaker, vous lui en faites voir à ce pauvre garçon.
On ne peut pas être dans le bonheur, s’il n’y a pas d’obstacles il n’y a pas d’histoires. Il vit un amour impossible.
C’est un solitaire dans l’âme.
Au début oui mais Rose Prairie a tout bousculé, ses assurances, ses affirmations.
Ce diptyque a une fin qui ouvre des pistes. Le prochain serait quand ?
Pas de suite car j’attaque un projet en solo, un one-shot. Un polar à Paris dans les années 50. Ensuite j’y reviendrai.
Le Paris de Gabin et Ventura ?
Oui un peu ça mais j’ai aussi envie que ce soit un Paris moins iconique, le XXe. Beaucoup d’humour noir. Le titre c’est Autant s’emporte les gens.
Du San Antonio bon teint ce titre.
Pas faux, je n’y avais pas pensé. Ça raconte en fait quand les gens se retrouvent dans la rue et on des pulsions qu’ils réfrènent. Mes personnages eux passent à l’acte.
Une parenthèse donc mais il est difficile de faire évoluer Jonas Crow ? Il est un peu enfermé dans son rôle.
Maintenant, c’est souvent dit par les auteurs de série ce sont des personnages qui vivent de façon autonome. On ne peut plus lui faire faire n’importe quoi. Il existe et c’est excitant de le faire évoluer. A chaque fois on aborde des thématiques en écho à l’actualité. Comme l’avortement et les droits des femmes. Il écoute les arguments de chacun avant de se faire son opinion.

Il est moderne dans son approche des autres. Ce n’est pas un méchant.
C’est plus un misanthrope qu’un méchant. On commence à discuter de la suite face à son sacrifice à la fin du 8. On est quelques années après la guerre de Sécession. On se laisse chaque fois la surprise de là où on va aller ensuite. On garde une marge de manœuvre sur le long terme.
8 albums en 10 ans, c’est une belle réussite. Vous remettez en selle un style en perte de vitesse et redevenu aussi grâce à vous foisonnant.
On en a un peu conscience mais je pense qu’il y avait une attente du public. L’accueil du tome 1 a été incroyable. Il y a eu Bouncer aussi. Il faut trouver les éléments qui font qu’un personnage est de suite identifiable. Un logo comme je le disais. A chaque fois l’idée est d’avoir un graphisme qui colle le plus avec le projet. Le dessin doit amener du sur mesure par rapport au scénario.
Qu’est ce vous n’avez pas encore abordé comme genre ? Des envies non abouties ?
Faire un album seul couleurs comprises est un vieux et ultime fantasme que je vais réaliser chez Casterman. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire le scénario et je recommencerai. Peut-être aussi faire une BD sur l’Histoire à la fin du XXe siècle. Non je n’ai pas de frustrations. J’ai toujours fait ce que je voulais et en ayant du succès. Je fais tout en traditionnel.
On a parlé de cinéma. Vous êtes un amateur de western ?
Oui je suis un bon client. Je suis un fan des anciens comme L’Homme qui a tué Liberty Valance, Rio Bravo puis les Eastwood. Deadwood la série. Mais cela n’influence pas vraiment mon travail. Il y a les peintres US de l’époque pour la documentation. De bonnes sources pour les lumières. Mais l’écriture BD est spécifique toutefois.
Vous avez aussi participé aux recueils sur les héros de l’Ouest en histoires courtes avec Tiburce Oger.
Oui le format est court et on peut aborder le genre différemment.
Vous faites pas mal d’expos.
Il y aura une vente chez Maghen avec un catalogue dédié et une nouvelle expo en mars ou avril 2026.
Undertaker T8, Le monde selon Oz, 64 pages, Dargaud, 17,95 €



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