Hugues Labiano signe la trilogie Trois touches de noir chez Glénat. Après le tome 1 Quelque chose de froid, il a dessiné le tome 2, Au Sud, l’agonie. Pelaez est au scénario, Jérôme Maffre aux couleurs. Le contexte est cette fois celui d’un meurtre raciste, une enquête, la ségrégation sudiste aux USA dans les années 30. Un polar mais plus social qu’urbain. Hugues Labiano s’en explique. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
Vous poursuivez, Hugues Labiano, la trilogie Trois touches de noir. Après le tome 1 Quelque chose de froid, vous dessinez le tome 2, Au Sud, l’agonie. Pelaez est toujours à la manœuvre pour le scénario, Jérôme Maffre aux couleurs. Le contexte est cette fois la ségrégation sudiste qui fait penser à deux films, Dans la chaleur de la nuit et La Chaine mais qui eux ne se passent pas dans les années 30 comme votre album. Ce sont des scénarios que vous aviez travaillés ensemble ?
Avec Dufaux ou Desberg on discutait toujours en amont avant que l’histoire ne soit écrite. On se mettait d’accord sur ce que l’on voulait raconter et ils écrivaient. Dans le cadre de cette trilogie de one-shot, les trois scripts ont été écrit par Philippe Pelaez en solo. Ce sont des polars de types différents, le premier urbain est un hommage au cinéma noir US, la ville, la nuit avec des chapeaux mous. Le tome deux on est effectivement dans un polar plus social qui balaie de nombreuses thématiques avec des résonances actuelles comme le racisme et se passe dans le Sud des USA, avec des plantations de coton, un agent du FBI homosexuel ce qui était très dangereux à l’époque.
Un clin d’œil à Hoover patron du FBI qui l’était lui-même mais le niait. Il y a un lynchage, Zacharie ami du Noir assassiné et métis a une liaison avec une Blanche, on trouve un pasteur ambigu et disjoncté,
L’agent David du FBI est aussi un paria comme d’autres dans l’album, ceux que vous citez. A leurs côtés il y a un bon nombre de Red Neck, des Blancs pauvres du Sud, presque les magas d’aujourd’hui. On est en Géorgie, à Savannah, c’est le Sud profond.

Il va y avoir un bagnard évadé un peu encombré et qui a un compte à régler. On a toute une série d’histoires qui se recoupent.
Il y a différentes trajectoires dont on peut se demander si elles ont un lien. Le bagnard pourquoi ? Tous ont leur part de mystère. Tout devra s’expliquer.
Avec une grande violence que la ségrégation porte en elle. Il règne une part de nostalgie du racisme le plus dur même bien loin de la guerre de Sécession.
L’album se lit à plusieurs niveaux. C’est un polar et cela fait penser aussi au film Mississippi Burning, des agents du FBI qui viennent du Nord enquêter et se confrontent aux gens du Sud. On parle du Sud en train de mourir mais pas vraiment. L’esclavage a évolué en fait en 1926. L’esprit du Sud est toujours là dans la pauvreté alors que cela a été la partie la plus riche des Etats-Unis et la guerre a été un moyen pour le Nord de prendre ses richesses. Ce n’est pas qu’une histoire d’hommes ou de femmes, l’album c’est aussi une affaire de psychologie.
Chacun sa place, chacun sa rivière, c’est une phrase de l’album, les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre.
C’est vraiment une vie côte à côte, celle du futur ? Il y a un couple métissé qui vit un amour interdit, l’homosexualité aussi comme être libre et noir, ce sont des interdits.

On est dans Bible Belt, une ceinture d’états du Sud au protestantisme rigoriste.
Oui la religion est toute puissante avec des liens sur ce qui passe de nos jours. On comprend que rien n’a vraiment changé.
Vous avez eu besoin de beaucoup de documentation ?
Je suis allé il y longtemps dans le Sud avec Dufaux, j’ai beaucoup lu de romans américains. Donc on y a situé l’album. Le premier album se passait à Cleveland dans le Nord et le troisième sera
Dans le tome 2 il y a quand même une belle palette d’honnêtes gens dont un ancien officier de la guerre de Sécession, le shérif. Ils ont évolué.
Dans la vie, heureusement cela existe. Il y a des gens qui ont une éthique.
Il y a le souvenir d’un Sud riche jalousé et pillé par le Nord.
En fait il faut être clair. L’abolition de l’esclavage n’a pas été le motif premier de la guerre. Le Nord industriel enviait la puissance économique du Sud. C’est une réalité, le réel est souvent moins romantique.

De belles ambiances, les rues de Savannah, les couleurs, tout fonctionne.
J’ai eu des photos même si je ne travaille pas beaucoup à partir de photos. J’ai beaucoup de livres et j’avais fait Dixie Road il y a pas mal d’années. J’avais réuni une grosse documentation photo sur les USA et le Sud. J’avais les paysages dans l’œil pour les avoir vraiment vu.
On est dans un polar, un meurtre, une enquête.
Le principe de Trois touches de noir est un triptyque de polars en one-shot. Chaque album se lit individuellement et propose un type différent de polar.
On voit le Klan, le Klu-Klux-Klan, qui vit toujours. C’est un album à surprises, un album à tiroirs qui fait un état des lieux de l’Amérique des années 30 avec son héritage aujourd’hui.
Bien sûr. On connait bien sujet. Le titre est une référence à William Faulkner grand écrivain du Sud, à Steinbeck, Dos Pasos très politique. Je les ai lus et j’étais comme un poisson dans l’eau. J’adore les grands polars noirs des années 40, 50, comme Philippe. Je n’ai rien changé dans ses histoires. En 54 pages il se passe plein de choses. On verra si je suis arrivé à restituer l’esprit du Sud.
Votre dessin est plus clair, conserve ses noirs et rend bien la moiteur du Sud.
Il fallait montrer la chaleur. Mon objectif est de ne rien m’interdire.

On parle aussi de communisme.
Les syndicats étaient puissants très actifs en 1926 et c’était dangereux pour eux mais il y avait de vrais militants. Un autre interdit comme la couleur de peau. Mais une solidarité chez les communistes dans les années 30 dans les milieux modestes. Il y a souvent dans mes histoires l’atavisme social sauf si on renie d’où on vient. Ça m’intéresse et je ferai peut-être quelque chose un jour sur le sujet.
Donc pour les parutions, le tome 2 en janvier 2026 ?
Oui et le 3 en janvier 2027. Il y aura un tirage augmenté et deux classiques dont un noir et blanc pour le tome 2. Comme un canari dans une mine de charbon sera le titre du troisième, une façon de voir si l’oiseau mourrait au cas où le grisou avait envahi les lieux. Une parabole sur le personnage principal qui sera le canari. Je vais faire une tournée de dédicaces dès mi-janvier. Je vais aller dans le Nord, en Belgique mais je serai à Gruissan et Sérignan. Sinon j’ai un projet avec Fred Blanchard mais pas présenté aux éditeurs, une autre envie avec Pelaez et j’aimerai me remettre à écrire.
Au Sud, l’agonie, 64 pages, Glénat, 16 €

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