Étoilé, histoire de chef

C’est une coïncidence mais le jour même où Paul Bocuse rejoint sa dernière demeure, lui le plus grands des chefs français, référence mondiale de la belle cuisine, on découvre une nouvelle série, Étoilé, premier tome qui conte par le menu, c’est le cas de le dire, la vie d’un restaurant dont le chef veut à tout prix accéder à la consécration suprême, accrocher une étoile à son restaurant. Et ce ne sera pas de la tarte car l’argent reste le nerf de la guerre même quand on a du talent. Une revanche à prendre pour un jeune chef sous le dessin de Luc Brahy que l’on voit désormais de plus en plus souvent au générique. On ne s’en plaindra pas. Au scénario de cette biographie inventée il y a Fanny Desmarès (dont c’est le premier scénario) et Delphine Lehericey qui montrent qu’elles savent de quoi elles parlent, un monde finalement impitoyable.

ÉtoiléSamuel Lejeune est arrivé second d’un prestigieux concours de cuisine qui désigne les futurs espoirs, les grands noms parmi les chefs en devenir. Mais second n’est pas suffisant et il doit pour vivre donner des cours et être traiteur à domicile avec son copain Walter. Aucune banque ne veut lui prêter d’argent pour monter son restaurant. Mais Paula Balta, fille d’une sommité en matière de gastronomie s’intéresse à lui. Lors d’un soirée ils se rencontrent et deviennent amants, partageants une vision commune de ce que pourrait être le restaurant parfait. Peu à peu le couple se montre en public et se marie. Ils ouvrent leur restaurant mais Samuel aimerait faire une cuisine à base de produits plus accessibles. Ce qui n’est pas le cas de Paula. L’argent commence à manquer. Le critique gastronomique Louvain est venu dîner. Reste à savoir si l’étoile tant attendue va venir récompenser les efforts de Samuel.

Hors d’œuvrePas de cadeau, on peut avoir envie de tout laisser tomber et même de se suicider comme le père de Paula (on se souvient de Bernard Loiseau) quand on perd ses étoiles. Les obtenir est tout autant difficile que les garder, un combat de chaque instant et une poignée de décideurs qui font la pluie et le beau temps. Et tout cela pourquoi ? Certes pour la gloire d’une poignée de chefs certains très médiatiques comme l’était Bocuse mais surtout parce que la cuisine est un art, exigeant, capricieux qui donne du plaisir à ceux qui la goûte grâce au génie de ses chefs. Sans nier non plus qu’une étoile fait grimper l’addition tout en demandant un service haut de gamme. Inaccessible financièrement bien souvent pour la plupart, l’accès aux restaurants étoilés est un privilège qui est un choix. Il se défend. On en rêve et généralement on n’est (presque) jamais déçu. Un rituel que cet album montre bien, ne remettant pas en cause et à juste titre l’honnêteté créatrice du cuisinier, chef d’orchestre, compositeur et soliste d’une symphonie des goûts les plus sophistiqués et simples à la fois. Le dessin réaliste et travaillé en souplesse de Brahy est parfait.

Étoilé, Tome 1, Hors d’œuvre, Dupuis, 14,50 €