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S.O.S. Bonheur, une saison 2 qui fait frémir

Cela reste comme un incontournable de la BD, prophétique en bien des points il y a maintenant trente ans des risques courus par notre civilisation et sa course effrénée vers ce que l’on pense être le bonheur. S.O.S. Bonheur, on l’aura reconnu, avait été écrit par Jean Van Hamme et dessiné par Griffo qui se serait bien vu faire une suite avec le scénariste de XIII ou de Thorgal. Finalement on l’a cette suite et c’est Desberg qui l’a mise en scène. Autant dire que lui aussi est un visionnaire quand on parle d’équilibre politique ou de dérapages idéologiques. Le monde que Desberg décrit dans ce premier volume de la saison 2 est à la limite la plus extrême de la droite. On frémit vraiment à la lecture des portraits et situations que Desberg projettent dans son récit et que Griffo avec son dessin si prenant fait sortir du néant pour en faire une sorte de cliché instantané si réel. C’est Jean Van Hamme qui signe la préface de ce S.O.S. Bonheur 2 en s’excusant du monde que nous allons laissé à nos enfants. Il a raison. Florent Daniel est aux couleurs.

Divorcer est un péché et a été supprimé de la loi. Donc tomber amoureux d’une femme autre que la sienne, d’un homme autre que son mari doit être sévèrement réprimé. Émilie est-elle vraiment heureuse ? On ne rigole pas avec le commissaire matrimonial. Se tromper mutuellement à la limite mais pas casser le couple. Paul va découvrir que c’est très dangereux d’aimer, mortel même. Lazira, elle, a de la chance pour une enfant issue de l’immigration. Elle a le droit de travailler en ville, de passer le mur qui sépare sa banlieue de son emploi pour lequel elle a une autorisation de passage. Mais cela ne va pas durer et ses amis ne sont peut-être pas ce qu’elle croit. Anne et son père mènent une vie tranquille mais ils ont un peu oublié de fréquenter la communauté à laquelle ils appartiennent, contraints et forcés avec couverture sociale à la clé. Anne veut devenir médecin mais doit rendre des comptes. Un conseiller de la caisse se mêle de sa vie privée. Quand son père est accidenté tout dérape.

Desberg au dernier festival BD de Lyon. JLT ®

Il y a encore d’autres chapitres dans cet épais recueil, d’autres personnages en mal d’indépendance, de liberté dans cet univers où règne préférence nationale, argent, religion et révisionnisme. Un flic honnête, une poignée de jeunes étudiants qui vont découvrir les horreurs cachées du nazisme, un réalisateur TV qui doit filmer la mort programmée d’un politicien. Desberg fonce dans le tas sans complaisance et met la barre très haut tout en restant dans le crédible, le vraisemblable. Griffo appuie là où ça fait mal avec son dessin qui dramatise encore plus la tension qui règne dans ce S.O.S. Bonheur saison 2 qui fait froid dans le dos. Les destins de tous les personnages devraient se rejoindre dans le prochain tome.

S.O.S. Bonheur, saison 2 tome 1, Aire Libre Dupuis, 20,50 €

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