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La Princesse du sang en intégrale, et si Ivory Pearl avait vraiment existé ?

Max Cabanes l’avait dit à ligneclaire pendant BD Plage à Sète. Il avait retravaillé en une intégrale enrichie La Princesse du sang d’après Manchette sur une adaptation de Doug Headline. Elle vient de sortir et c’est un grand moment de BD. Lue et relue cette intégrale ou « version définitive » comme dit Cabanes, on est complètement pris par l’ambiance de cette course éperdue d’une reporter photographe, d’une petite fille à l’identité ambigüe et d’un truand reconverti en garde du corps.

Ce qui fait la force de La Princesse du sang, c’est certes le dessin incomparable de Cabanes mais aussi le scénario de Manchette repris par son fils. Princesse du sang parle d’Histoire, celle de l’après-guerre en Europe mais aussi à Cuba. La guerre est froide et un certain Castro commence à faire parler de lui. En Algérie, FLN et ALN ont entamé une autre guerre, contre la France, qui ne voudra pas dire son nom très longtemps. Manchette donne vie à son Ivory Pearl, une jeune fille réfugiée, sauvée à Berlin par un officier anglais qui la fait passer pour sa fille afin de vivre plus facilement son homosexualité. Il élève et instruit Ivory qui n’a qu’une passion, le grand reportage photo, celui qui va faire bourlinguer une génération de journalistes, de Saïgon à Hanoï, Alger, Suez ou la Birmanie, la Malaisie.

En relisant La Princesse du sang, on peut se demander si Manchette a inventé de toutes pièces son Ivory Pearl, ce qui ne venait pas à l’esprit lors de la première lecture à la sortie en deux tomes. Et puis avec l’intégrale, et parce que d’anciennes photos personnelles ont réapparu, Ivory a beaucoup de points communs avec une jeune femme, résistante, déportée, secrétaire de Malraux qui devient correspondante de guerre en Indochine, saute en opérations, ira à Diên Biên Phu qu’elle quittera à son grand regret avant que ne commence les combats. Elle sera ensuite à Suez, partout où l’on se bat, photographiant et envoyant ses reportages jusqu’au Vietnam qu’elle rejoint pour couvrir la guerre américaine. Difficile de dire son nom sans certitudes, ou de publier des photos d’elle. Si Doug Headline ou Max Cabanes ont une idée sur le sujet, on est preneur. Cela montre simplement que la BD peut aussi, de la fiction rejoindre la réalité, partielle cependant, par hasard ou volontairement.

La Princesse du sang est un roman d’aventure d’exception, un thriller machiavélique, une histoire de vengeance, d’amour, de loyauté. En ajoutant plus d’une trentaine de pages aux albums entre interviews, cahier graphique, dessins inédits, en remodelant la narration, Max Cabanes a validé le statut de grande œuvre de La Princesse du sang. Cabanes travaille encore sur Manchette. Excellente idée. Celle de lire cette intégrale ou de l’offrir n’est pas mal non plus.

La Princesse du sang, Intégrale, Aire Libre Dupuis, 40 €

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