Depuis les Mystères de la République, il y a eu Didier, un Burma, Vague d’amour, Addictions et bien d’autres titres comme Chères élites avec James. On a toujours été tout à fait séduit par cet équilibre du dessin de François Ravard qui est vrai, frais à la fois, mais aussi réaliste, peut poser questions, toujours très humain, délicat et évidemment de belle qualité. Alors à l’occasion de la sortie de son dernier album d’illustrations chez Glénat, Bon Vent, sous le soleil des côtes bretonnes ce qui est normal en ce début juillet, c’était l’occasion de faire avec Ravard un petit retour en arrière, sur sa carrière et son évolution depuis une bonne dizaine d’années. A noter que François Ravard a participé à une expo collective sur l’illustration jeunesse à Paris à la galerie 43 et qu’une partie des dessins présentés dans son recueil Bon Vent verront le jour à la rentrée sous forme d’un cahier à peindre ou colorier aux éditions Marie Claire. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
F.R : C’est un équilibre que j’ai trouvé au fil des années. Je pense que le point commun de tout ça, c’est ma passion pour le dessin et me faire plaisir aussi. Mais c’est vrai que je suis un petit peu de l’école belge de la bande dessinée, parce que ce sont mes lectures d’enfance. J’étais très Spirou et j’ai beaucoup beaucoup lu Astérix. C’était la seule grande bande dessinée que j’avais en entier dans la bibliothèque à la maison. Je les lisais et relisais tout le temps. Cela a été vraiment une vraie bible pour moi qui m’a appris à dessiner le mouvement et beaucoup contribué à mon dessin. Donc j’ai gardé un peu aussi cette rondeur je dirais du trait qu’on peut retrouver soit dans l’école belge soit dans dans le dessin d’Uderzo, avec ses gros nez, ses tronches. J’ai beaucoup travaillé. J’ai la chance d’avoir une sorte de dessin un peu élastique. Je n’ai pas de difficultés, disons, à passer, en tout cas à pousser mon dessin vers le réalisme.
On le voit bien dans les Mystères de la République.
F.R : Ce qui peut m’amener à faire des choses comme le Burma, où pour le coup on garde cette vraie rondeur qu’on retrouve dans Didier et même dans mes petites illustrations. Après c’est une question de recul de caméra plus qu’autre chose. Et pour le coup, les Mystères de la République, je m’étais vraiment attelé à faire quelque chose de différent. J’avais essayé de pousser mon dessin vers le réalisme. Je le forçais peut-être un petit peu. Ce qui m’a permis aussi d’apprendre à ce moment-là plein de choses sur lesquelles je ne serais pas tombé évidemment si j’étais passé à côté de cette expérience. Cela m’a donné d’autres outils.
Lesquels ? Une évolution ?
F.R : Quand je suis revenu sur des choses comme Didier et comme Nestor Burma, les dessins d’humour en parallèle des albums, mon trait avait évolué en reprenant un petit peu la source de mes inspirations avec ce que je te disais, la rondeur du trait à l’école belge et ce que j’avais pu voir aussi chez Uderzo. Tout ça, en fait, ça fait ce mélange, ce qui fait que ça me permet d’osciller entre le réalisme et le très stylisé, comme le dessin d’humour.
J’ai sous les yeux ton dernier album Bon Vent. Quelles ont été les influences éventuelles pour en arriver à ce style de dessin d’humour ? On en avait beaucoup parlé quand on s’était vu pour les Mystères et quand tu m’avais annoncé le Burma (bizarrement que je n’ai jamais lu ni donc traité). Et après on passait à Vague d’amour, et aussi en parallèle Clichés de Bosnie, donc tu es non pas un Jekyll et Hyde mais un auteur à facettes multiples. C’est naturel ou une envie ?
F.R : J’ai toujours eu cette envie mais enfouit au fond de moi. La BD c’est mon premier amour que je ne lâcherai pas. Je voulais passer par le dessin d’humour, une envie qui est ressortie il y a quinze ans quand j’étais chez Futuropolis, je cherchais des solutions, quand je stylisais le dessin comme dans Clichés de Bosnie. Le hasard des rencontres a joué avec ma rencontre chez Fluide Glacial et James qui faisait beaucoup de dessin d’humour. Il avait un petit site Mauvais Esprit où il y avait Fabcaro, Fabrice Erre. Cela a été l’occasion avec ma passion du dessin d’humour d’essayer, de synthétiser. En BD j’ai toujours eu du mal de travailler sur des projets longs seul mais jamais sur des histoires courtes. La portée n’est pas la même.
Pas évident car un dessin d’humour est une oeuvre à part entière en une page, une situation qui raconte une histoire.
F.R : Cela permet aussi à l’esprit de se projeter. Cela fait travailler le lecteur. En fait on ne raconte que la moitié de l’histoire. Vouch, Sempé m’ont fasciné. Un univers en une image comme dans le New Yorker. Donc je n’osais pas vraiment et puis pourquoi pas. Je me suis lâché. J’ai pris des projets comme le Burma après avoir découvert le polar avec 120 Rue de la gare. Malet, Tardi, c’est un monde à part. J’ai fait des choses un peu par hasard comme ce Burma. J’avais rencontré des gens de Casterman et leur avais dit que je voulais faire du polar. Mais je ne me serais pas permis de parler de Burma. Deux semaines plus tard dans un petit festival à Niort avec Ducoudray, on a invité Moynot et là il m’a dit qu’il parlerait de moi à Casterman pour me proposer un Burma en 2018.
La mer qu’on voit danser dans tes dessins en Bretagne surtout, c’est une partie de ton univers ?
F.R : Totalement. J’ai toujours vécu au bord des côtes et suis attiré par le bord de l’eau. Je suis à Dinard depuis 2012. Cela coïncide aussi avec le moment où j’ai recommencé à sortir l’aquarelle que j’avais abandonnée.
Comment tu fais, tu prends des notes, comment arrive le petit garçon dans Bon Vent qui dessine une maison sur le sable?
F.R : C’était une petite commande pour un agent immobilier Il aime mes dessins et chaque année il m’en demande un pour une carte de voeux. Je reste fidèle à mon univers.
On ne sent pas la commande. On se revoit à sa place de ce gamin.
F.R : J’ai des notes d’avance mais pas sur le moment le dessin qui va avec. C’est un jeu d’équilibre, l’idée murit et vient s’ajouter titre ou image. Souvent je fais un dessin drôle ou poétique et ensuite je cherche un titre. Je teste avec mes proches et je fais de toute façon un brouillon en numérique mais après je passe au papier, pour les couleurs aussi. Ensuite je me lance dans l’aquarelle originale et là je suis fidèle au brouillon. Parfois j’élimine ou je laisse trainer dans un bloc notes mes idées. J’ai aussi une galerie en Bretagne. Le dessin dans l’album Le Sudiste est resté longtemps dans le carnet. Un type emmitouflé avec un bonnet qui a froid les pieds dans l’eau avec des baigneurs en maillots autour de lui en Bretagne ne peut venir que du Sud.
Une belle préface de Zep pour Bon Vent et l’enfance perdue au bord de l’eau.
F.R : Oui je raconte mes premiers étés à la plage. Zep est pour moi une vraie source d’inspiration graphique. C’est un maître des pigments. Avec un contour flou autour de ma page c’est un peu comme une bulle de pensée. Ce n’est pas réfléchi.
Toujours une grande tendresse dans ton dessin, de la poésie et de la vraie gentillesse positive.
F.R : J’essaye et souvent de gens passent devant la galerie, rit et rentrent charmés.
Et la suite maintenant ?
F.R : Bon Vent sort le 2 juillet. Il a pris son temps. J’essaye de réunir les dessin qui me parlent le plus. Addiction était le dernier album d’humour. Il y aura un Burma qui se passe en Bretagne, adapté de Nestor dans l’île. C’est un lecteur qui m’a donné l’idée et offert le bouquin. Je ferai tout, adaptation et dessin.
Dans le l’univers graphique de Tardi n’est pas loin. On est vraiment dans Burma.
F.R : Oui, Jacques voulait qu’on reconnaisse le personnage. Moynot était plus radical. J’aimais bien Les Rats de Montsouris dans le XIVe. Nestor dans l’île sortira dans un grosse année, fin d’été 2026. Il est découpé, story-bordé et en partie crayonné. J’ai mis un dessin sur Facebook. On est sur une île, Bréa a servi de décors à Malet. C’est un gros projets plus quelques projets satellites, le Bon Marché. Je vais faire aussi quelque chose de plus citadin. Avec Bon Vent début juillet, Marie-Claire va sortir un album à colorier sur mes dessin au trait. Un joli petit projet, des marques pages aussi. Ce style de dessin m’a ouvert beaucoup de portes. Et des contraintes qui me plaisent beaucoup.
Bon Vent par François Ravard, 96 pages couleur, Glénat, 16,50 €
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