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Fils de bourge, lutte de classes

Eric Stalner est de retour avec une chronique sociale mouvementée et très bien mise en scène à la veille de la victoire de Blum et du Front Populaire en 36. Des ados issus de milieux sociaux opposés vont à la fois cohabiter et s’affronter. Dans Fils de bourge, Stalner annonce la couleur avec cette fresque qui mêle la grande Histoire et un état des lieux en 1935 d’une société qui fera aussi face à la guerre peu d’années après. Unis pour le meilleur et pour le pire ces ados dont le sort se joue sans qu’il le sache encore. Un dessin Stalner, parfait, vivant et qui porte bien sa marque.

Un crapaud qui avale une libellule, une jeune fille qui joue du piano alors qu’on entend une cravache claquer. On est chez des « gens bien » comme aurait dit Brel, des bourgeois en 1935 à Grammont. La cravache c’est pour le jeune François Dompierre fils du nouveau sous-directeur de l’usine de papier. Sa soeur Sophie l’affronte à deux semaines de la rentrée. François est bientôt en terminale avec le bac à la clé. L’usine est en grève. On ne cédera pas et il faut virer les meneurs. François rejoint une bande de jeunes du village et s’attaque à une falaise qu’il grimpe sous les pierres. Ce n’est pas sa place à lui le privilégié mais François a un caractère rebelle. Avertissement et rencontre avec un autre ado Paul qui précise être un Rouge, communiste, fils d’ouvrier. Et veux faire médecine. A l’usine son père ne se laisse pas impressionner. François a encore une altercation avec sa soeur et la cravache ressort. pour tenir François s’imagine libellule qui se balade près de la rivière et se fait gober par un crapaud. Combien de temps avant ? Il doit augmenter sa résistance. Sa mère n’intervient pas. François retourne à la cascade grimper, n’arrive pas au sommet et tombe sur la bande de jeunes Rouges. Défi, bagarre, François gagne aux poings contre Enzo. Tout est dans la tête. Echange avec Paul sur la situation politique, le refus de la douleur. A l’usine la Police matraque mais se fait refouler par les ouvriers.

Une aventure plausible, qui est dans la lignée de ce qu’on pu vivre parents et grands-parents. On y retrouve des souvenirs évoqués en famille, de classe différente mais pas obligatoirement de lutte. Finalement ces ados sont moins obtus que les grands. L’amour ado peut aussi faire tomber les barrières, apporter une mixité sociale source de belle richesse humaine. En cela l’album de Stalner penche du côté de La Guerre des boutons plus tardif mais qui reprend le thème. On a connu aussi cela en 1968. Fils de bourge a beaucoup de charme et d’émotion. Et la libellule pourrait bien gagner la manche au sommet de la falaise.

Fils de bourge, 80 pages, Grand Angle, 18,90 €

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