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Bordeaux Shanghaï, une bonne cuvée

Côté vin le manga et la BD ont beaucoup donné déjà dans le bordelais. Les Gouttes de dieu, Châteaux Bordeaux, des titres qui ont autant cartonnés que le rachat des vignobles français par les Chinois. Ce qui n’avait pas vraiment ému quiconque. Mais voilà, il y a un an sur 200 domaines achetés par les Chinois depuis dix ans, une cinquantaine était à vendre. La rentabilité n’était pas au rendez-vous, les Chinois boivent moins, les Français aussi. Lire le très bon article de BFM. Ce qui n’empêche pas un nouveau titre au demeurant fort sympathique et très bien fait, Bordeaux Shanghaï, de sortir sous la plume de Mark Eacersall au scénario et Amélie Causse au joli trait affirmé plus aux couleurs. On reparle d’achat, de mise en valeur, de fabrication et de vin dans tous ses états. Bien fait, clair et agréable, une bonne cuvée.

1998 à Shanghaï, Zeng, un père fortuné et sa fille déjeunent dans un restaurant de luxe et boive un vin de qualité. Le père dit au sommelier français qu’un jour tous les vins de Bordeaux seront à des Chinois. Eclat de rire. 25 ans plus tard, dans une réunion Zeng avoue avoir un petit domaine en France, un cru bourgeois bordelais. On l’alerte car son fils a été arrêté pour avoir provoqué une accident et percuté un fourgon de police. Il le fait sortir mais la tension est forte entre le père et le fils. L’ado veut créer sa propre affaire et il lui faut de l’argent. Il joue au poker et perd 100 000 yuans. Son père décide de l’envoyer en France gérer son domaine mais avant il sera son espion pour que son père sache comment fonctionne la propriété en péril. Il débarque à Bordeaux et arrive au Château Le Breton d’Illac où on lui présente le personnel.

Quiproquos, malentendus car le fils Zeng ne parle pas français, découverte de la vinification, du surf sur la plage alors qu’il ne sait pas nager et surtout de la nouvelle oenologue Lola qui comprend vite qu’il n’y connait rien. Tension et concurrence d’un autre Chinois propriétaire depuis vingt ans. On se laisse séduire par cette histoire vinicole et amoureuse. Zeng apprend et le lecteur aussi, découvre tout un monde passionnant et séculaire avec des personnages bien typés. Un Bordeaux qui sort de l’ordinaire et montre que faire du vin s’apprend, prend du temps et n’est pas le jackpot à tous les coups. Mark Eacersall a maîtrisé son sujet.

Bordeaux Shanghaï, 208 pages, Grand  Angle, 24,90 €

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