Le Maître d’armes, seul et contre tous

Le Maître d'armesXavier Dorison, après les grands espaces de l’Ouest avec Undertaker ou Ulysse 1781, est revenu en France sous François Ier. Les religions chrétiennes commencent une guerre qui va mal tourner entre catholiques et protestants. Son héros, Le Maître d’armes (Dargaud), se retrouve embarqué dans une aventure dont il se serait bien passé, lui qui ne jure que par la force de sa lourde et vieille épée. Joël Parnotte a suivi Dorison dans cette balade mortelle et sans concession et sera en dédicace pour la sortie de l’album à la librairie BD Fugue à Bordeaux le 19 septembre. Ce texte signé par Jean-Laurent TRUC est aussi paru dans le numéro de septembre du mensuel Zoo.

Il nous l’avait dit Xavier Dorison lors d’un récent entretien : « Le Maitre d’armes, 96 pages en noir et blanc, c’est à la rentrée. Un roman graphique sur fond d’escrime médiévale dont le héros est le Maître d’armes de François Ier. Une lutte dans le froid des montagnes ». Côté fraîcheur alpine on est servi. Pour le noir et blanc, on repassera. La couleur a pris le pas avec bonheur pour la saga épique et violente de Hans Stalhoffer. C’est lui le Maître d’armes du roi. L’âge aidant, un jeune et cruel prétendant ne jure que de prendre sa place. Si possible en le trucidant devant le roi François. Il va perdre la première manche, Hans, contre Maleztraza, un vrai méchant qui se sert d’une nouvelle arme, la rapière, légère et précise, que méprise le Maître d’armes. Question de génération.

La Bible en français

Le Maître d'armesRetiré des affaires, Hans se laisse alors convaincre d’aider son ami l’ancien chirurgien du roi Gauvin et son aide Casper à passer en Suisse en plein hiver. Et pourquoi donc cette idée curieuse ? Pour y faire éditer la Bible en français. Arrêt sur image : en ce début de XVIe siècle la Bible en latin est l’apanage des puissants et de l’Église qui lui fait dire ce qui l‘arrange. Le peuple, quand il sait lire, ne comprend pas le latin. D’où l’idée de la jeune église protestante d’avoir une Bible en français imprimée hors de France où c’est exclu mais possible en Suisse berceau de la Réforme. On veut démocratiser la parole de Dieu ce qui va fortement déplaire à Rome qui lâche ses chiens pour récupérer la traduction avant impression.

Retour dans les Alpes, à la frontière suisse. Hans, vieux loup solitaire, reproche à Gauvin que « les savants, que quand ils trempent leur sang dans l’encre c’est celui des gueux qui coulent ». Pas faux. Il ouvre pourtant la route à Gauvin et à Casper. Mais les ennuis commencent avec des montagnards qui n’aiment pas les Huguenots et vénèrent la Vierge Noire. Ils capturent le trio. On y ajoute l’arrivée de Maleztraza mandaté avec sa troupe pour retrouver Gauvin. Tous les acteurs du drame sont sur scène. Le sang va couler à gros bouillons et noircir la neige.

Le Maître d'armesXavier Dorison sait raconter des histoires. On adore sa vivacité de ton, ses dialogues, ses rebondissements. Cette fois il ajoute sa vision très construite sur le choc des cultures pour Hans et son épée face au progrès et le sournois Maleztraza. Qui va gagner ? On se souvient du film Le Maître de guerre avec Clint Eastwood. La religion est aussi dans son viseur, ce que l’on peut faire en son nom. C’est d’actualité. On n’oublie pas non plus le dessin très carré de Joël Parnotte, riche et accrocheur, qui colle parfaitement au récit et le porte. Parnotte mérite qu’il lui confère succès et reconnaissance.

Le Maître d’armes, Par Xavier Dorison et Joël Parnotte, Dargaud, 96 pages couleur, 16,45 €